Climat : la mort programmée des ours blancs

Selon une étude, la disparition de la banquise rend leur extinction inéluctable avant la fin du siècle, car ils vont tous mourir de faim. Il faudra abattre les derniers survivants...

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Depuis des années, les spécialistes répètent sans y croire qu’il ne reste que 25 000 ours blancs survivant sur les banquises de l’Arctique, au large du Canada, de l’Alaska, du Groenland et de la Sibérie. Depuis des décennies, leur nombre décroît, car le réchauffement climatique transforme leur habitat et leur écosystème. En fait, ils ont déjà bien moins nombreux. Cet animal magnifique qui peut résister à des températures de moins 50° est tout simplement en train de mourir de faim. Une étude publiée il y a quelques jours de la revue Nature Climate Change confirme leur condamnation à mort pour la fin de ce siècle. Au mieux, car la poursuite, voire l’accélération de l’augmentation de la température moyenne des régions arctiques pourrait encore avancer la date de leur disparition.

L’explication de cette hécatombe est simple : le rétrécissement de la banquise. Les ours blancs se nourrissent en attrapant des phoques à l’instant où ils viennent respirer dans les trous de la glace, au bord desquels les ours les guettent. Mais ces espaces gelés, notamment à la fin de l’été trop chaud, ont fondu, et les ours ne peuvent plus chasser le phoque. Ce qui prive notamment les ourses de faire des réserves pour l’hiver, pendant lequel naissent les oursons. Ces derniers meurent alors rapidement, faute de lait dont ils ont besoin dans l’été qui suit leur naissance. Et faute de réserve de graisse au cours de cette période estival de jeûne, des mères meurent également avant l’hiver.

Morts dans des cours d’immeubles

Les ours les plus vaillants ou résistant à l’amaigrissement (qui peut atteindre 30 à 40 % de leur poids normal) tentent de se réfugier dans les villages pour y trouver de la nourriture. Y compris dans les poubelles. Ce qui les amène au contact des habitants qui, inévitablement, sortent les fusils et les abattent d’autant plus facilement que malades et affamés, ils se déplacent plus lentement et perdent leur « distance de fuite » naturelle. En Sibérie comme en Alaska, des ours blancs au bout du rouleau et malades meurent de plus en plus fréquemment… dans des cours d’immeubles.

En Alaska, des agences de voyage organisent un tourisme morbide de la mort des ours blancs : en baladant des amateurs de « sensations fortes » dans les zones fréquentés par les animaux affamés, dans de luxueux autobus où ils ne risquent évidemment rien pour faire des photos. Certaines plates-formes pétrolières ont inventé une autre forme « tourisme » dévoyée en lançant de la viande dans la mer pour attirer les ours.

Les auteurs de l’étude expliquent que lorsque leur poids descend à 20% de son niveau normal, les ours survivent de moins en moins dès lors qu’ils atteignent une centaine de jours de jeûne. La conclusion est claire : il n’y a aucune chance pour que l’ours blanc survive au XXIe siècle. Steven Amstrup, l’un des scientifiques qui a mené cette longue et désespérante enquête, ajoute qu’il n’y a rien à faire, « car on ne peut pas construire une clôture pour protéger les ours polaires de la température qui monte ». D’où sa terrible conclusion :

Il faudra peut-être envisager d’abattre les derniers ours polaires au lieu de les laisser mourir de faim.


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