Fragiles refuges

Malgré le froid qui s’installe, les maires de Briançon et de Gap veulent fermer les lieux d’accueil des personnes exilées ayant franchi les Alpes. Sans proposer d’alternative aux associations.

I ci, c’était la première fois que l’on me disait bonjour. On ne m’avait pas dit bonjour depuis longtemps. » Par cette formule, André témoigne de son humanité retrouvée lorsqu’il est arrivé à Briançon. Elle lui avait été déniée jusque-là durant son parcours d’exil. Malgré sa déficience visuelle, il a cheminé du Cameroun jusqu’à la région lyonnaise, franchissant le Sahara, la Méditerranée et enfin les Alpes. En écoutant ces paroles, Justin Ndengbe Ngono, lui aussi exilé du Cameroun, ne parvient pas à retenir ses larmes. Lorsqu’ils sont arrivés en France par le col de l’Échelle ou le col de Montgenèvre, tous deux ont été hébergés au Refuge solidaire, situé juste à côté de la salle de la MJC d’où ils s’expriment publiquement ce samedi 10 octobre (1).

« Ici, je ne me sens pas étranger. C’est mon chez-moi parce que la porte est toujours ouverte, il y a toujours à manger, à boire et de quoi se réchauffer », nous confie Justin. Il se souvient précisément du 27 septembre 2017, jour où il en a poussé la porte après avoir marché à plusieurs reprises en haute montagne pour franchir la frontière, car repoussé en Italie par la police aux frontières (PAF).

Justin, ensuite, est allé vivre dans un squat autogéré sur les hauteurs de Briançon. La maison s’appelle « Chez Marcel », du prénom de l’ancien propriétaire, Marcel Amphoux, un paysan dont le décès en 2012 a laissé une succession irrésolue. Une chance pour éviter l’expulsion du lieu. Pendant neuf mois, Justin a été bénévole au refuge avant de quitter le Briançonnais en janvier 2019. Aujourd’hui, il vit et travaille dans le bâtiment en région parisienne.

Ultimatum

Ouvert à l’été 2017, le Refuge solidaire a depuis accueilli et réconforté plus de 11 000 personnes, d’abord principalement originaires d’Afrique francophone et, depuis cette année, du Moyen-Orient, à la suite de la réactivation de la route des Balkans. La plupart poursuivent leur chemin vers un ailleurs en France ou en Europe. Certaines s’arrêtent à Gap, la préfecture des Hautes-Alpes. Dans cette ville, plusieurs lieux occupés ont successivement offert un toit. Prenant la suite du Cesaï, ouvert en octobre 2018 et frappé d’expulsion le 19 août, le squat « Chez Roger » a été ouvert fin août dans des bâtiments appartenant au maire UDI, Roger Didier, et à sa famille.

Les refuges de Gap et de Briançon sont menacés de fermeture, alors même que le froid nocturne se fait déjà mordant.

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