Premiers de corvée, bis repetita

En annonçant l’instauration d’un « couvre-feu » dans huit métropoles et la région Île-de-France, le chef de l’État a décidé du rythme de vie de 20 millions de personnes.

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Emmanuel Macron a bien mérité le qualificatif de « maître des horloges », dont les commentateurs politiques affublent nos présidents de la République. En annonçant, le 14 octobre, dans un entretien télévisé scénarisé par l’Élysée, qu’il avait décidé de l’instauration d’un « couvre-feu » dans huit métropoles et la région Île-de-France, le chef de l’État a décidé du rythme de vie de 20 millions de personnes. Elles seront libres d’aller travailler mais devront être rentrées chez elles à 21 heures, si leur fonction de producteur ne les requiert pas hors de leur domicile, l’objectif étant de « pouvoir continuer à avoir une vie économique ». La vie sociale, en revanche, est sérieusement ralentie avec la fermeture des restaurants, cinémas, théâtres, stades et gymnases, mais aussi l’impossibilité d’organiser des soirées entre amis… Dans 1 750 communes et pour « quatre semaines au moins » – mais plus vraisemblablement six –, c’est métro, boulot, dodo.

Parce qu’« on a besoin que les entreprises publiques et les services publics fonctionnent », les premiers de corvée pourront continuer à s’entasser dans les transports en commun. Pour eux, le Président ne prévoit pas d’aide supplémentaire. En revanche, il autorise les départs en vacances de ceux qui en ont les moyens parce que, « quand on est dans des espaces ouverts, des lieux où l’on peut sortir, on lutte plus efficacement contre le virus ».

Le Président n’a pas manqué de justifier ce tour de vis par l’inquiétante reprise de l’épidémie et l’engorgement des hôpitaux qu’elle entraîne. La première est indéniable, même si le gouvernement aurait dû mieux l’anticiper. Sa stratégie « tester, tracer, isoler » a échoué, faute de machines capables de tester dans des délais qui permettent l’isolement rapide des malades et de bras pour un traçage des cas contacts de personnes positives. Quant à l’hôpital, si l’ouverture de nouveaux lits de réanimation nécessite du temps, « la volonté n’était même pas là », déplore le chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne, Frédéric Adnet (L’Humanité, 19 octobre) : « On n’a obtenu aucun moratoire sur la fermeture de lits. Et ceux qui ont été supprimés au fil des années nous manquent cruellement. »

Prises dans le cadre d’un état d’urgence sanitaire rétabli par décret en conseil des ministres le matin même, ces mesures n’ont nullement été débattues par les parlementaires. Ils les ont apprises par la télévision. En Macronie, quand il est urgent de sauver l’économie, la démocratie peut attendre. L’exécutif envisagerait même fortement de reporter les élections régionales et départementales, prévues en mars. Le « maître des horloges » n’est plus à une manipulation près… s’il y trouve un intérêt.

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