« L’école doit rester un lieu où l’on vit ensemble »

Le sociologue Benjamin Moignard décrypte les tensions que traverse le monde enseignant et revient sur les enjeux qui déterminent aujourd’hui l’avenir de l’institution scolaire.

La rentrée des vacances de la Toussaint a été particulièrement difficile pour les centaines de milliers d’enseignant·es que compte l’Éducation nationale. La colère suscitée par l’hommage bâcléà Samuel Paty a précédé la contestation d’un protocole sanitaire « renforcé » jugé peu protecteur par les personnels et les élèves. Les appels à la grève du 10 novembre ont été maintenus, malgré quelques concessions accordées par le ministre de l’Éducation en fin de semaine dernière. Ainsi, les lycées peuvent désormais fonctionner en demi-groupes ou organiser une alternance en distanciel à condition de « conserver au moins 50 % de cours en présentiel ». Et les épreuves communes (anciennement appelées E3C) ont été annulées au profit du contrôle continu, au moins jusqu’en mars 2021. Des annonces insuffisantes, estime notamment le Snes-FSU, qui réclame un cadrage clair des mesures et leur élargissement dans les collèges.

Alors que la possibilité de l’enseignement à distance semble ressurgir dans la vie des profs et de leurs élèves, les états généraux du numérique pour l’éducation souhaités par Jean-Michel Blanquer se sont tenus les 4 et 5 novembre en l’absence quasi générale du corps enseignant. Présenté comme le grand rendez-vous de l’année et le temps fort du Grenelle de l’éducation (1), l’événement devait permettre d’amorcer « une stratégie pour l’avenir numérique de l’école ». Analyse de Benjamin Moignard, spécialiste du climat scolaire et des nouvelles problématiques éducatives.

Quel est votre regard sur l’actuel climat scolaire et les relations entre les enseignants et la hiérarchie, à commencer par Jean-Michel Blanquer, qui semblent continuer de se détériorer ?

Benjamin Moignard : Il y a effectivement un ras-le-bol assez installé au sein de la communauté pédagogique. La personnalité de Jean-Michel Blanquer exacerbe peut-être cette tendance mais, en réalité, ça le dépasse largement. Depuis une dizaine d’années, une bascule s’est opérée pour arriver à un important niveau de défiance à l’égard de l’ensemble de la hiérarchie et du système pyramidal et descendant que subissent les enseignant·es.

Il reste 77% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notfications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.