Gérald Darmanin a-t-il milité à l’Action française ?

Le mouvement royaliste sous-entend, dans un tweet et une publication Facebook, que le ministre de l’Intérieur a non seulement été adhérent de l’Action Française mais qu’il a, en plus, participé à un camps d’été.

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On savait depuis quelques années que Gérald Darmanin avait flirté avec l’Action française. Plus précisément, avec la « Restauration Nationale », appellation sous laquelle le mouvement royaliste compromis avec Vichy est réapparu en 1955. Plus exactement, avec le journal de ce mouvement, Politique magazine, dans lequel Gérald Darmanin a écrit quelques articles « sans grande importance » juge l’un de ses dirigeants. Mais celui-ci affirme cependant que « Gérald Darmanin n’a jamais été sur nos listes, ni militant de Restauration Nationale : cet homme ne travaille pas pour des idées mais pour Gérald Darmanin ».

L'ancien maire de Tourcoing, qui assume pourtant ses écrits, a lui aussi toujours nié avoir été royaliste ou même encarté à la Restauration Nationale, fondue depuis 2010 dans l’Action française, ou à l'Action française elle-même.

Or, l’Action française prétend le contraire. Sur les réseaux sociaux le mouvement royaliste sous-entend que le ministre de l’Intérieur a été non seulement adhérent mais affirme qu'il aurait participé à un camps d’été annuel : le Camp Maxime Real Del Sarte (CMRDS) du nom des chefs des Camelots du roi – militants royalistes du début du XXè siècle.

Ces camps d’été durent une dizaine de jours et s'organisent dans un château français. Au programme : activités physiques, colloques politiques et historiques. S'y réunissent un groupe plus ou moins étoffé de militants suivant les années et les tendances idéologiques. « L'Action française est un mouvement royaliste traversé par des champs idéologiques assez vastes qui peut mener à des réflexions intellectuelles intéressantes mais aussi à une extrême droite abominable », se souvient un ancien habitué, qui a depuis raccroché. Il affirme n'avoir jamais croisé Gérald Darmanin au CMRDS qu'il a fréquenté entre 2004 et 2007.

En revanche, une rumeur court dans les couloirs de la section lilloise de l'Action française : c'est là que Gérald Darmanin aurait milité sans pour autant payer son adhésion, nous explique un militant local. Toujours d'après lui, le ministre serait venu au CMRDS de 2013 à l'époque où il était déjà député et candidat aux municipales de 2014 à Tourcoing. Mais les militants ne peuvent fournir aucune preuve. Cette année-là, la thématique du camps d'été est « Reprendre le pouvoir » avec comme mot d'ordre commun « mettre à bas la République »... Evidemment la littérature Maurrassienne est au programme. Alain Soral vient aussi y tenir un discours sur la « révolte des nations ». La vidéo de présentation du camp 2013 donne l'ambiance :

C'est cette même année 2013 que « la Manif Pour Tous » défraye la chronique. L'Action française y participe d'ailleurs discrètement. À cette période, Gérald Darmanin affirme sur Twitter que malgré la loi, s'il était maire, il refuserait de célébrer un mariage homosexuel. « Les idées qu’il défendait à l’époque n’étaient pas du tout incompatibles » avec une adhésion à l'Action française, ni même avec un passage au camp d'été, affirme son ancien mentor, Christian Vanneste, ex-député UMP qui a eu maille à partir avec la justice pour ses propos sur les homosexuels.

Erreur et polémique

Mais au sein des organisateurs du mouvement royaliste on temporise cette « rumeur ». « C'est une erreur, affirme un cadre national. D'autant qu'il y a eu deux universités différentes et je n'ai pas connaissance d'un passage de M. Darmanin cette année-là. » Le même explique que les activités de M. Darmanin au sein du mouvement royaliste se limitent à l'année 2008 lorsque celui-ci a écrit cinq articles pour la revue Politique Magazine. Mais se refuse à fournir des éléments concrets prouvant un éventuel passage du ministre au camps d'été 2008.

Concernant l'appel à « renouveler » l'adhésion du ministre : « C'est une formule maladroite », concède -t-il. À l'Action française, au regard de l'ampleur que prend la polémique, on réfléchit à retirer les messages sur les réseaux sociaux tout en ne voulant pas nier le passage du ministre au sein de la famille royaliste.

Quoi qu'il en soit, cette inclination royaliste permet de mieux comprendre le ralliement de Gérald Darmanin à Emmanuel Macron, après avoir été le coordinateur de la campagne de Nicolas Sarkozy. Alors ministre de l'Économie, Emmanuel Macron avait surpris en déclarant, en juillet 2015, dans un entretien à l'hebdomadaire Le 1 : « La démocratie comporte toujours une forme d’incomplétude, car elle ne se suffit pas à elle-même. Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. (...) Ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. »

Contacté, le cabinet du ministre n’a pour le moment pas donné suite à nos sollicitations.


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