Les tristes paris de M. Macron

Il n’est aucunement responsable des paris qu’il est seul à faire mais dans lesquels il nous engage tou·tes.

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La presse comme il faut nous le répète ces jours-ci à l’envi : M. Macron, chef de l’État français, aurait, selon ses « proches » – parmi lesquel·les certain·es considèrent même qu’un tel succès le qualifie pour un titre d’« épidémiologiste » (et semblent donc disposé·es à s’avancer assez loin dans la flagornerie) –, « gagné son pari » du mois de janvier.

Pari qui, rappelons-le, consistait à ne pas nous reconfiner, pour nous extraire plutôt de la crise sanitaire consécutive à l’épidémie de Covid-19 en nous faufilant collectivement (et alors même que nous sommes tout de même, d’après le dernier recensement, 66,99 millions) par, je cite, un « trou de souris ».

Dans la vraie vie, comme on le sait, cette catastrophe sanitaire, que viennent désormais compliquer moult flippant(issime)s variants, a déjà tué près de 20 000 personnes en France depuis le début de l’année 2021 – et en seulement deux mois, donc. Après en avoir tué 60 000 dans le cours de l’année précédente.

Elle a donc été beaucoup – beaucoup – plus mortelle depuis que M. Macron a fait le pari de ne pas nous reconfiner, et rien ne laisse présager, plusieurs semaines plus tard, que nous soyons sur le point d’en sortir enfin – bien au contraire. De sorte qu’il peut paraître assez audacieux, pour ne pas dire franchement obscène, de célébrer ce macabre bilan comme la preuve irréfragable d’un éclatant succès.

Mais les mots des célébrant·es ont ceci d’intéressant qu’ils nous révèlent ce qu’est au fond, et de fait, M. Macron : dans sa fonction présidentielle – et ce sont donc ses proches qui le disent –, il ne prend pas de décisions ; il fait des paris.

Il joue, donc, d’une certaine manière. Et il se montre d’autant plus joueur que, outre qu’il se croit infaillible, il sait fort bien qu’étant couvert par son immunité présidentielle, il n’est aucunement responsable des paris qu’il est seul à faire mais dans lesquels il nous engage tou·tes – lorsqu’il n’est pas occupé à nous remontrer que nous devons, quant à nous, nous montrer vigilant·es et, justement, « responsables ».

Il agit ainsi en parieur lorsqu’il tolère, comme c’est le cas depuis plusieurs semaines, au nom d’un misérable calcul politicien, et en faisant comme s’il ne savait pas que cet acquiescement contribue à la banalisation des pires démagogies, la dérive droitière de certain·es de ses ministres – et non des moindres. Lorsqu’il laisse M. Blanquer et Mme Vidal délirer en boucle, sur un mode quasi complotiste, et à l’unisson de la presse la plus réactionnaire, sur « l’islamo-gauchisme ». Ou lorsque, par un surcroît d’audace, il félicite M. Darmanin, après que celui-ci a publiquement reproché à la Pen de se montrer trop « molle » sur le sujet de « l’islam ».

Il en va en réalité de ce pari-là – qui est celui du dépassement de l’extrême droite par la droite – comme de la plupart de ceux que fait depuis trois ans le chef de l’État français : on peut les croire seulement cyniques. Puis on découvre qu’ils sont funestes.


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