Frédéric Hocquard : « La crise sanitaire crée le retour d’un ordre moral »

Sous prétexte de santé publique, le monde de la nuit et de la musique électronique, un temps célébré comme partie intégrante de la culture, risque de retourner à la marginalisation.

La crise sanitaire et ses restrictions drastiques ont des conséquences perverses. Frédéric Hocquard, chargé notamment de la vie nocturne à la mairie de Paris, s’alarme d’un glissement malsain qui s’opère. Selon lui, les interdictions liées à la crise sanitaire donnent la part belle au retour en force d’une vision moralisée de la société. Les vieilles peurs sont réactivées et, avec elles, la vie nocturne est de nouveau stigmatisée.

Quelles sont les conséquences de l’ordre sanitaire imposé en France sur le milieu de la culture en général et de la nuit en particulier ?

Frédéric Hocquard : À l’occasion d’un ordre sanitaire qui nous est imposé pour des raisons que je pense nécessaires, on constate un glissement vers un retour d’un ordre moral particulièrement visible dans les domaines de la culture et de la fête. Il y a, par exemple, une très nette différence de traitement entre ce qui relève d’une activité culturelle et ce qui relève d’une activité commerciale. Les musées sont fermés mais les galeries d’art sont ouvertes. Vous exposez des tableaux : s’ils ne sont pas à vendre, vous devez fermer, mais s’ils sont à vendre, vous avez le droit d’ouvrir. Là, il n’est plus question de restrictions sanitaires pures mais bien d’un choix de valeurs.

Si l’on prend la question de la nuit, de la fête et de la musique, on voit émerger, sous couvert de crise sanitaire, une mise à l’index. Tout le discours du mois de septembre a été : vous avez fait la fête cet été, on est obligé de reconfiner, sans qu’on ait aucune preuve que la circulation du virus soit liée uniquement à cela. Il y a aussi ce premier arrêté du préfet de police de Paris, fin septembre, qui prévoit l’interdiction de la diffusion de musique amplifiée et de la musique, sous quelque forme que ce soit, dans l’espace public. Si l’on prend l’arrêté au pied de la lettre, siffler dans la rue est interdit. Qu’on soit capable d’écrire ça sans y voir de problème, c’est incroyable ! Ça m’a glacé.

La polémique autour de la free party à côté de Rennes a-t-elle amplifié ce phénomène ?

Depuis cette polémique, la fête et la nuit sont redevenues le lieu prétendu de toutes les débauches et de contaminations. Or, en réalité, un mois plus tard, l’agence régionale de santé de Bretagne a confirmé qu’il n’y avait pas eu de cluster à cet endroit-là. Ce phénomène se voit aussi dans le fait que tous les organisateurs de fêtes – interdites – sont poursuivis pour « mise en danger de la vie d’autrui ». Un chef d’accusation peut-être un peu exagéré.

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