Covid, le blues des Français

Après plus d’un an de crise sanitaire, la santé mentale de la population se dégrade, et de plus en plus de personnes, à bout, transgressent les règles sanitaires. Face à celles et ceux qui dénoncent une irresponsabilité, le fossé se creuse.

C’était un poisson d’avril, mais près de 2 000 personnes n’y ont pas vu farce tant l’invitation à se retrouver pour faire la fête, dans un bois de Bruxelles, a pu leur paraître probable, voire nécessaire. Et quand bien même la page Facebook appelant au faux événement avait prévenu les participant·es de potentielles poursuites judiciaires : la Belgique est en phase de restrictions renforcées pour contrer la propagation du Covid. Sur place, la foule ne l’a pas entendu à la rigolade : la police a dû user de la force pour disperser les gens, qui protestaient contre un excès de rigueur des mesures sanitaires.

L’époque est nerveuse, et les canulars potaches du 1er avril tendent à être pris au premier degré. Deliveroo, l’entreprise de livraison de plats cuisinés à domicile, s’en est mordu les doigts. Ses clients, ce soir-là, n’ont pas trouvé fun du tout de recevoir de fausses factures très salées – 466 euros pour 38 pizzas. Commande imaginaire… Ou pas : les esprits maison qui ont concocté la blague ont fort bien pu s’inspirer d’une très réelle tendance actuelle à l’organisation de fêtes clandestines.

Apéros sauvages, cluster parties, grosses soirées entre amis, compétitions sportives non autorisées, entorses au couvre-feu… Les infractions aux restrictions ne datent pas des dernières mesures, entrées en vigueur sur tout le territoire métropolitain depuis le 3 avril, mais elles se sont notablement amplifiées depuis quelques semaines, en particulier dans l’espace public avec les premières chaleurs printanières.

Le chanteur Kaddour Hadadi, plus connu par ses initiales HK, l’a vérifié avec son groupe des Saltimbanks. Il vient de mettre un terme à sa tournée de solidarité avec les équipes artistiques qui occupent des lieux de culture, en raison de la montée « de tensions et de divisions », explique-t-il : partout où il se déplace, sa chanson « Danser encore », qui fustige le gel d’un secteur d’activité que le gouvernement considère comme « non-essentiel », provoque d’importants attroupements festifs spontanés, devenue en quelques semaines un hymne de ralliement des protestataires qui ne supportent plus les restrictions imposées par les règles sanitaires.

Lyon, Lille, Rezé…, fin mars, plusieurs villes ont été le siège de fêtes sauvages et de carnavals non autorisés, soulevant des concerts de réprobation. La plus spectaculaire de ces transgressions s’est mise en scène dans le quartier de la Plaine à Marseille, avec près de 6 500 fêtard·es hilares, pour l’essentiel jeunes et sans masque (sanitaire).

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