Le nombre de « réfugiés internes » explose dans le monde

Le nombre de ces déplacés dans leur pays est désormais évalué à 55 millions. Or ils ne peuvent compter sur aucune aide.

Claude-Marie Vadrot  • 31 mai 2021
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Le nombre de « réfugiés internes » explose dans le monde
© Photo : Un des camps de personnes déplacées à l’intérieur du Mozambique, dans la province de Cabo Delgado, compte une trentaine de milliers de personnes qui ont fui les violences infligées par les insurgés islamistes au cours des trois dernières années (JOHN WESSELS / AFP).

Soit pour des raisons environnementales, pour cause de catastrophe climatique ou en raison d e l’insécurité croissante liée à une situation politique, le nombre des « réfugiés internes » explose. Dans de plus en plus de régions, des femmes, des hommes et des enfants sont contraints de se déplacer à l’intérieur de leurs pays. Une vague de fuites ignorée qui a augmenté au cours de l’année 2020. Cette année là, ils ont été près de 41 millions à fuir leurs villages, leurs maisons, leurs emplois et surtout les champs et les petits jardins qui leurs permettaient de d’éviter de mourir de faim. Qu’il s’agisse de faire un peu de commerce ou d’autosuffisance.

Ils sont donc désormais au moins 55 millions à être partis s’installer ailleurs dans leurs pays aux abords des villes ou dans des camps de fortune. C’est-à-dire dans des espaces où il n’existe pas de terres disponibles et guère de chances de trouver du travail. Aucun organisme international n’est en mesure de leur venir en aide et la plupart des pays dans lesquels ils se déplacent n’ont pas les moyens de les aider. D’autant plus qu’ils ne disposent d’aucun statut juridique.

Les « privilégiés » du HCR

Ils ne bénéficient pas d’une aide alimentaire et d’une protection légale, contrairement aux réfugiés qui traversent une ou plusieurs frontières, et de ce fait pris en charge par le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies (HCR). Ces derniers se retrouvent dans des camps qui n’ont rien d’un paradis mais leur assurent une relative quiétude au cours de laquelle ils peuvent survivre et bénéficier d’un suivi médical minimal.

Les réfugiés « officiels » sont actuellement pas loin de 30 millions, c’est-à-dire désormais bien moins nombreux que ceux qui échappent à toute aide et contrôle. Mais les quelques ONG qui s’efforcent difficilement de repérer ces populations en errance en compagnie des personnels des Nations Unies ne cachent pas qu’elles sont plus nombreuses. D’autant plus qu’i l faudrait évaluer ceux qui sont victimes de la pandémie de Covid qu’ils cherchent désespérément à fuir : sans savoir ou sans prendre conscience qu’ils contribuent à disséminer le virus qu’ils cherchent à laisser derrière eux.

Des fuites sans fin…

À tous ces déplacés et réfugiés, il faut aussi ajouter au moins une partie des familles chassées par les aléas climatiques. Qu’il s’agisse de sécheresses stérilisant les terres, de pluies détruisant les cultures et emportant les minces terres fertiles vers les fleuves et la mer. Mais ceux-là non plus ne bénéficient pas, malgré les demandes des Nations Unie et des Conférences sur le climat successives, d’une quelconque reconnaissance officielle alors qu’ils s’entassent souvent dans les banlieues asiatiques, africaines ou latino-américaines. D’où la difficulté de les comptabiliser quand ils se fondent dans la masse des taudis d’une banlieue immense. Ils seraient déjà des dizaines de millions à survivre ainsi. Certains décomptes des ONG et de l’ONU évoquent souvent, un chiffre proche de 300 millions.

Les ONG avertissent en vain depuis des années que « le changement climatique, la surexploitation des ressources naturelles, l’instabilité et les conflits provoqueront beaucoup d’autres déplacements forcées ».

C’est sans doute pour cela que les États préfèrent croire, au nord comme au sud, qu’il n’existe que les réfugiés gérés par le HCR…Tous les autres étant hors contrôle ou aides.

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