Europe 1, média d’opinion

Cette station communie depuis de longues années dans l’acclamation du réformisme gouvernemental.

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Le 17 juin, la société des rédacteurs et l’intersyndicale d’Europe 1, constatant que Vincent Bolloré était en train d’« arrimer » cette radio « à l’antenne de CNews », ont estimé, dans une tribune publiée par Le Monde, que leur station allait « perdre » dans ce rapprochement annoncé « ce qui lui reste de plus précieux : son capital de crédibilité auprès des auditeurs ». Puis d’insister : « Nous estimons qu’un tel positionnement tourne le dos à ce qu’a toujours été Europe 1 depuis sa création : une radio d’information et de divertissement indépendante, plaçant le pluralisme au cœur de sa ligne éditoriale. Nous refusons de devenir un média d’opinion. »

Quelques jours plus tard, Le Monde a lui aussi jugé, dans son éditorial du 23 juin, qu’Europe 1 ne devait pas devenir « un média d’opinion ».

Mais qu’est-ce, au juste, qu’un tel média ? Il s’agit, nous dit le dictionnaire, d’un média « qui se situe dans une ligne politique, intellectuelle déterminée » – et qui, selon ce même dico, ne devrait pas être confondu avec un média « d’information ».

Cette définition est intéressante. Car elle impose immédiatement l’évidence que, dans la vraie vie, Europe 1, où défilent depuis de très longues années des chroniqueurs (et autres experts) communiant très majoritairement dans l’acclamation du réformisme gouvernemental, est déjà, et de très longue date, une station d’opinion – qui estime par exemple que la réforme des retraites est « inévitable », et même « assez juste », parce que oui, bien sûr, « il faut travailler plus » (1).

Mais bien qu’elle soit donc – insistons-y – éminemment politique, cette ligne-là, qui par une amusante coïncidence se trouve être aussi celle dans laquelle se situe Le Monde, a été si profondément intégrée par ces médias dominants et va, de leur point de vue, tellement de soi qu’ils ne la regardent plus comme une opinion : c’est ce qui leur permet de saluer en chaque nouvelle réforme antisociale une amélioration nécessaire et urgente de nos conditions de vie, tout en se racontant qu’ils restent des phares de l’équanimité journalistique.

On peut évidemment comprendre l’inquiétude – ô combien fondée – des salarié·es d’Europe 1 qui se trouvent pour de bon confronté·es à la bollorisation de leur station : personne n’envisage sans effroi d’être précipité dans le terrifiant univers de la zemmourerie ordinaire (2).

Mais ça serait quand même bien qu’ils et elles ne profitent pas de notre compassion pour essayer de nous fourguer l’énorme bobard selon lequel les frénésies néolibérales auxquelles leur radio a tant sacrifié – sans que jamais ils et elles ne s’en alarment comme d’autant de possibles atteintes à son « capital de crédibilité » – relèveraient de la rigueur informative, plutôt que de l’imposition, là aussi, d’une doctrine droitière.

(1) Pour plus de précisions, lire : « Retraites : Europe 1 en tenue de combat », de Denis Perais et Pauline Perrenot, acrimed.org, 17 janvier 2020.

(2) Dont il faudra qu’on se reparle bientôt, parce qu’elle devient vraiment tendue : un nœud à mon mouchoir.


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