Homophobes de tous les pays

Dérive en Italie et en Hongrie, hypocrisie à l'UEFA.

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Il est parfois d’étranges paradoxes. Le Vatican, depuis l’élection du pape François, semblait plutôt enclin à un progressisme (relatif), notamment sur les questions sociétales. Mais le Saint-Siège, dans une longue tradition d’interventionnisme au sein de la vie politique italienne, a exprimé, dans une « note verbale » le 17 juin, une très ferme condamnation de la « loi Zan » actuellement en discussion au Parlement à Rome. Ce projet de loi, relativement modéré dans ce pays où le poids de l’Église catholique a jusqu’ici empêché l’adoption de toute reconnaissance des couples de même sexe (mariage ou unions civiles), a pourtant pour objet la lutte contre l’homophobie, la transphobie, la misogynie et les discriminations contre les handicapés. Or l’Église catholique s’en est saisie pour renverser en quelque sorte les rôles, arguant que cette loi menacerait la liberté d’expression et même « le respect des accords de Latran » (qui régissent ses relations avec l’État italien depuis 1929) au prétexte que le texte, selon elle, pourrait empêcher de défendre la notion de « différence sexuelle », dérivant « de la révélation divine » ! L’Église attaque ainsi au nom de la liberté d’expression une loi censée protéger des catégories de personnes discriminées, en se drapant dans de grands principes…

On assiste un peu aux mêmes dérives et argumentations hypocrites en Hongrie dans une loi inique du parti du chef de gouvernement Viktor Orban – qui a vivement scandalisé dix-sept autres États de l’UE – censée « protéger les enfants contre la pédophilie », confondant allègrement celle-ci avec l’homosexualité. Au lieu de lutter contre les discriminations, on présente là aussi un texte sous un jour supposé inattaquable pour mieux criminaliser les personnes LGBT, en interdisant (a priori aux mineurs) « les contenus qui montrent ou encouragent la sexualité en elle-même, le changement de genre ou l’homosexualité ». Cette loi, copie conforme d’une loi poutinienne, fait craindre aux maisons d’édition des difficultés de publication de certains ouvrages, jusqu’aux poèmes de Rimbaud ! Et les télévisions ne pourraient plus diffuser avant 22 heures des films où apparaîtraient des personnages gays ou lesbiens, comme Harry Potter ou Bridget Jones !

Le projet de loi a indirectement entraîné une autre hypocrisie : celle de l’UEFA, organisatrice de l’Euro, quand l’Allemagne a voulu éclairer le stade de Munich aux couleurs gaies du rainbow flag pour protester contre la loi hongroise en cours d’adoption mercredi 22 juin, alors que son équipe nationale allait affronter celle de la Hongrie. Courageuse, l’UEFA a interdit cette initiative, au prétexte de la « neutralité politique » du sport. Neutralité entre propagateurs de haine et personnes discriminées, quel courage…


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