La petite reine roule sur le patriarcat !
À Marseille, un collectif féministe organise des manifestations cyclistes et des ateliers d’autoréparation en non-mixité. Le vélo devient ainsi une arme politique pour déconstruire les normes de genre et se réapproprier l’espace public.
dans l’hebdo N° 1659 Acheter ce numéro

© Romane Lizée
J e dois faire la sécurité », lâche Nora, nerveuse. La militante va et vient dans son appartement. Sur le sol, gît feu son étendoir à linge, désossé en vitesse pour faire des tiges de drapeau. Aux murs, partout, des posters : la dernière affiche des antinucléaires de Bure, des brochures sur le féminisme anticarcéral, quelques tracts contre l’enfermement des sans-papiers. Nora noue à son biceps un brassard orange, accroche un sifflet autour de son cou et fourre dans son sac une corne de brume en plastique. « Ça, c’est pour si l’un·e de nous se fait emmerder, ou juste pour faire du bruit », glisse-t-elle. Puis elle fonce dans le local délivrer sa monture, « Clochette », un vélo de voyage lourd et noir, avec le guidon en papillon. Sur le cadre, un petit autocollant argenté en forme de clito. Nora – alias « Nora Cycle » – soulève la bête, une main sous la potence, l’autre sous la selle, et dévale les escaliers. La voilà dans la rue, prête à rejoindre le reste de la bande.
Le rendez-vous a été fixé à 19 heures place Jean-Jaurès, dans le quartier tout juste rénové de La Plaine, à Marseille. Sur l’esplanade, une cinquantaine de personnes finissent de s’étaler des paillettes sur les joues et de -toiletter leur deux-roues. Une pompe et des clés plates passent de main en main, en attendant le début de la « vélorution ». Cette manifestation cycliste a lieu chaque nuit de pleine lune depuis 2020. Elle est organisée par les Déchaîné·e·s, un collectif féministe qui entend se réapproprier l’espace public à travers la pratique du vélo. L’événement est en mixité choisie sans hommes cisgenres (c’est-à-dire sans hommes dont l’identité de genre est en adéquation