Fallait pas l’inviter : Sarah Knafo au « 20 heures » de TF1

Sarah Knafo, eurodéputée du parti d’extrême droite d’Éric Zemmour, Reconquête !, a eu les honneurs du 20 heures de TF1 le 7 janvier. Invitation qui n’avait visiblement d’autre but que de lui dérouler le tapis rouge.

Pauline Bock  • 12 janvier 2026
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Fallait pas l’inviter : Sarah Knafo au « 20 heures » de TF1
© Maxime Sirvins

« Bonsoir, Sarah Knafo ! » « Bonsoir, Gilles Bouleau ! » Bonne année, bonne santé, l’extrême droite au JT ! Ce n’est pas une blague : le 7 janvier, le « 20 heures » de TF1 – rien que ça – a invité Sarah Knafo, eurodéputée du parti d’extrême droite d’Éric Zemmour, Reconquête !, afin de discuter d’une info exclusive : sa candidature à la mairie de Paris (1). Candidature pour laquelle elle est créditée de moins de 10 % dans les sondages, ce qui n’a pas empêché TF1 de l’inviter.

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Sarah Knafo était aussi l’invitée de la matinale de France Inter ce lundi 12 janvier 2025.

Pourquoi Knafo ? Bouleau ne le dit pas, alors même que des candidat·es autrement mieux placé·es dans la course pour Paris, comme le candidat PS de la liste de gauche (sans LFI) Emmanuel Grégoire, n’a pas (encore ?) eu les honneurs du « 20 heures ». Il est pourtant bien loin devant Knafo et tous·tes les autres candidat·es, avec 32% d’intentions de vote.

Sur le même sujet : Dossier : Médias, l’extrême droite en continu

Bouleau n’essaye même pas de lui poser une question d’introduction : Knafo peut simplement réciter mollement son texte, dont il est évident qu’elle l’a appris par cœur (« Je vois la ville que j’aime décliner (…) une ville sale, insalubre… Aujourd’hui, l’urgence est à l’action et c’est pour ça que je me présente »). Puis le présentateur du journal télévisé lui pose trois questions. La première : « Il y a déjà une candidate de droite, Rachida Dati, n’est-elle pas assez de droite pour être votre candidate ? » (Knafo répond que son adversaire n’est pas un·e autre candidat·e, mais « la gabegie » de Paris).

Deux questions sur trois à propos d’une élection pour laquelle Knafo répète qu’elle n’est pas candidate.

La deuxième, la seule sur laquelle il relance Knafo avec insistance : « Quoiqu’il advienne, vous ne serez pas candidate à l’élection présidentielle de 2027 ? » (Réponse : non.) Et enfin : « Dans l’élection présidentielle de 2027, vous avez un choix, une préférence ? Jordan Bardella, Marine Le Pen ? » (Réponse : le candidat Reconquête !, qui sera très probablement Zemmour, mais Knafo ne veut pas « annoncer sa candidature à sa place »).

Cordon sanitaire

Deux questions sur trois à propos d’une élection pour laquelle Knafo répète qu’elle n’est pas candidate. La seule question concernant le scrutin municipal parisien ne la concerne d’ailleurs pas vraiment : en déclarant qu’il y a « déjà une candidate de droite », Bouleau, qui ne prononce jamais en cinq minutes les mots « extrême droite », tente surtout de présenter Knafo comme « une candidate de droite », elle aussi.

Il est possible, et même souhaitable, de ne pas inviter l’extrême droite à la TV. En plus, c’est mauvais pour l’audience.

Il aurait pu dire : « Il y a déjà un candidat d’extrême droite : Thierry Mariani, le candidat du Rassemblement national pour la mairie de Paris. » Mais peu importe, puisque cette invitation au « 20 heures » ne semble avoir aucun autre but que de dérouler le tapis rouge à l’eurodéputée d’extrême droite et avoir l’exclusivité de l’annonce de sa candidature.

Sur le même sujet : JT : Que servent les grands-messes de l’info publique ?

TF1 n’a pas l’air au courant, alors répétons-le : il est possible, et même souhaitable, de ne pas inviter l’extrême droite à la TV. En plus, c’est mauvais pour l’audience : la preuve parfaite avec ce « 20 heures », qui a perdu un million de téléspectateuri·ces en cinq minutes, soit la durée de l’interview de Knafo, comme l’a démontré une… autre émission du groupe TF1, « Quotidien », qui a analysé la courbe de Médiamétrie (à la treizième minute de cette vidéo). Un record.

Alors bonne année, bonne santé, et en 2026, tentons le cordon sanitaire au JT !

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