L’alimentation, une question de santé publique

Depuis deux ans, un collectif œuvre à la promotion d’une sécurité sociale de l’alimentation.

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L’épidémie du covid-19 nous a montré à quel point l’alimentation est essentielle. Tandis que l’obésité est apparue très vite comme un facteur de risque de complications de la maladie, la crise sanitaire a accru considérablement le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire, sans compter ceux qui souffrent plus largement de précarité alimentaire. Plus de 5,5 millions de personnes avaient déjà recours aux banques alimentaires avant la pandémie. Il est maintenant connu qu’une mauvaise alimentation accroît les risques de maladies cardio-vasculaires, de cancer ou encore de diabète. L’obésité touche 17 % de la population adulte et est très inégalement répandue selon la catégorie sociale des individus. Ainsi, d’après une étude du ministère de la Santé, dès l’âge de 6 ans, les enfants d’ouvriers sont quatre fois plus touchés par l’obésité que les enfants de cadres.

Une alimentation diversifiée et en quantité adaptée ne suffit pas, encore faut-il qu’elle soit de bonne qualité. Les résidus de pesticides sur les aliments ont des effets néfastes sur la santé et constituent des facteurs de risque pour les consommateurs, comme une baisse de la fertilité. Mais les pesticides sont également et avant tout nocifs pour les agriculteurs, chez qui le risque de cancer est considérablement accru par leur utilisation.

La part du revenu consacrée à l’alimentation a largement diminué : de 35 % en 1960, elle est aujourd’hui passée à 20 %. En parallèle, les habitudes alimentaires ont évolué : moins de temps consacré à la préparation des repas à domicile et davantage de consommation de produits transformés et de plats préparés. Là encore, on relève de grandes inégalités sociales. Plus la catégorie sociale et le niveau de diplôme sont élevés, plus la consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique comme celle de fruits et de légumes sont importantes.

L’amélioration de notre alimentation ne se réduit pas à un problème individuel. C’est un problème de société, tout particulièrement de santé publique, avec des conséquences environnementales. Elle implique de refonder notre politique agricole, mais que faire du point de vue de la demande ? L’aide alimentaire est vivement critiquée, du fait de la défiscalisation dont bénéficient les enseignes de la grande distribution qui y participent. Elle touche une population de plus en plus importante et son offre est souvent de piètre qualité. Au-delà de l’aide à apporter aux personnes les plus vulnérables, comment améliorer l’accès à des produits de bonne qualité pour le plus grand nombre ? Depuis deux ans, un collectif regroupant plusieurs organisations, comme la Confédération paysanne, le Réseau salariat, les Civam ou encore Ingénieurs sans frontières, œuvre à la promotion d’une nouvelle branche de la Sécurité sociale : la sécurité sociale de l’alimentation. Elle consisterait en la mise en place d’une « carte vitale » de l’alimentation de 150 euros par mois qui permettrait d’effectuer des dépenses chez des professionnels conventionnés. Le projet est encore en construction, mais il constitue indéniablement une proposition émancipatrice.

par Sabina Issehnane Membre des Économistes atterrés.


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