Pour changer d’économie, nos besoins sont essentiels

Séparer l’acte de produire et celui de consommer est une mystification.

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La crise sanitaire a fait émerger un débat sur le partage entre ce dont nous avons vraiment besoin et ce qui est superflu. Or il est impossible de définir de manière objective les besoins essentiels, c’est une question hautement politique.

Les besoins sont inséparables de la façon dont nous produisons l’offre afférente. Produisons-nous la même chose, la même valeur d’usage, lorsqu’un service de santé est le résultat d’une organisation hiérarchisée, gouvernée par des objectifs quantitatifs abstraits et soumis à une logique industrielle, et lorsque ce même service est produit par des maisons de santé de proximité, aux organisations peu hiérarchisées et gouvernées par les soignants et les usagers ? Dans ces deux cas, nous pouvons avoir une même production économique de santé, mais des valeurs d’usage très différentes. Dans notre société productiviste, ce sont donc les modes de production qui déterminent les types de valeurs d’usage (leurs qualités concrètes). Séparer l’acte de produire de l’acte de consommer, comme le font généralement les économistes libéraux, est une mystification qui vise à dédouaner les entreprises de leur responsabilité quant aux biens à produire. Or les besoins sont produits par le capitalisme. Les changer, c’est changer le rapport social de production, et pas seulement les mentalités.

Le mode de production dans le capitalisme est caractérisé par sa grande puissance productive, dont le corollaire est la consommation de masse. Cette puissance productive se retrouve dans les hauts niveaux de PIB par tête. Penser ensemble consommation et production, c’est relier deux logiques mortifères de nos économies : la marchandise et la machine, qu’on a l’habitude de penser comme deux secteurs séparés.

La marchandise soumet les activités humaines à la valeur d’échange, à son abstraction, source de l’aliénation, qui occulte et détruit les valeurs d’usage, le travail vivant, et finalement le travailleur et la nature. Pour démarchandiser, il faut des services publics, définanciariser les multinationales, démocratiser leur gouvernance et assurer la protection du travail vivant et du travailleur par des droits indépendants.

Mais la marchandise est inséparable de la machine productive. N’oublions jamais que la marchandisation du monde ne peut s’étendre qu’a la condition d’être soutenue matériellement par une extension de la puissance productive. Cette logique de machine est incarnée par les économies d’échelle, la croissance de la consommation d’énergie fossile et celle de la division du travail. L’inertie matérielle de la machine empêche que la seule prise de conscience des méfaits de la marchandisation soit une condition suffisante pour aboutir à changer nos besoins. Ainsi, les appels à modifier nos habitudes de consommation restent lettre morte s’ils ne sont pas articulés à une transformation matérielle adéquate des modes de production. La machine ne peut se transformer qu’à la condition d’une réappropriation sociale et démocratique des modes de production en vue d’un démantèlement d’une partie de ceux-ci devenus nuisibles, car trop puissants. Et, d’autre part, en vue d’une orientation vers des modes de production de plus petite taille, moins énergivores et orientés vers la satisfaction des besoins sur le territoire.


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