Chaleur du climat, torpeur des médias

La couverture médiatique du dernier rapport du Giec a souvent été éphémère, brève, peu pédagogique, voire irresponsable.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


De nouveaux records ont été battus cet été ! Je ne parle pas des JO, mais bien de météorologie et de dérèglement climatique : 49,6 °C au Canada, 80,8 ºC, dans le désert mexicain, 48,8 °C en Sicile. De la pluie a été observée pour la première fois au sommet du Groenland. Sans parler des conséquences dramatiques : les pluies diluviennes engendrant l’évacuation de villes de Belgique et d’Allemagne, faisant plus de 300 morts en Chine, l’installation de centres de refroidissement pour échapper au dôme de chaleur dans l’Oregon, les incendies en Kabylie, en Grèce…

Comment ignorer que la multiplication et l’intensité de ces phénomènes sont liées au changement climatique et à l’activité humaine débridée ? Surtout quand, dans le même temps, le Giec (1), qui fait état des connaissances scientifiques sur le changement climatique, publie son sixième rapport et est catégorique : « Chacune des quatre dernières décennies a été successivement plus chaude que toute décennie depuis 1850 » et « l’influence humaine a sans équivoque réchauffé l’atmosphère, l’océan et les terres émergées ». Pourtant, la couverture médiatique a souvent été éphémère, brève, peu pédagogique, voire irresponsable.

La palme de l’indécence revient au Figaro qui a offert une tribune à Benoît Rittaud, président de l’Association des climato-réalistes – le nom policé des climatosceptiques. Selon lui, ce rapport ne serait qu’une « nouvelle bande-annonce hollywoodienne sur le thème du déluge et des flammes de l’enfer [qui] signale l’épuisement de la franchise ». Du côté de CNews et BFM TV, une minuscule heure y a été consacrée sur 36 heures de direct entre le 9 et le 10 août. Merci aux journalistes d’« Arrêt sur images » qui se sont infligé ça ! Dans leur article, on apprend aussi que le service presse de Météo France était prêt à affronter la vague de journalistes… qui n’est jamais venue.

La majorité des médias ont bien fait le job, mais personne ne peut sous-estimer l’impact des chaînes d’info en continu. Est-ce une lassitude face aux alertes répétées des climatologues depuis des années ? Ou juste une appréciation de ce qui fera le plus d’audience, de buzz ? Je pencherai pour la seconde hypothèse. Comment rivaliser face aux congratulations collectives sur les Jeux olympiques 2021 et 2024, aux micro-trottoirs sur le triptyque infernal Covid-19/vaccin/passe sanitaire, ou au transfert de Messi au PSG ? Tous se heurtent à ce système biberonné au court-termisme et au spectaculaire, et sont essoufflés en songeant au marathon qui nous attend pour faire face à l’urgence climatique.

(1) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.


Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.