Chez Bergams, on refuse de travailler plus pour gagner moins

Depuis un mois, la production de l’usine Bergams, à Grigny, est à l’arrêt. Les grévistes réclament la fin d’un accord mis en place suite à la crise sanitaire. Mais se heurtent au refus de la direction.

Sur un petit parking, à quinze minutes de la gare RER de Grigny-Centre, devant des grilles en métal délabrées, derrière un immeuble en construction, on tombe sur un piquet de grève, à peine signalé par une banderole en bord de route. Là, depuis presque un mois, quelle que soit la météo, les salarié·es de l’usine Bergams tiennent le pavé – ou plutôt le béton – de jour comme de nuit. Sous un petit barnum bardé de stickers, deux tables, avec des provisions rudimentaires. Tout autour, des palettes barrent l’entrée de l’usine aux camions, « mais pas aux voitures, sinon ça serait un blocage », précisent des grévistes. Ce matin du jeudi 7 octobre, la quarantaine de salarié·es qui tient le piquet attend fébrilement une décision du juge des référés, qui pourrait signer la fin de leur grève : la légalité ou non de leur bric-à-brac de bois et de métal où sont plantés des drapeaux syndicaux. « Si on doit retirer les palettes, les camions peuvent revenir, et Bergams appellera des intérimaires pour nous remplacer. Et on se retrouverait à faire grève dans le vide, parce que la production reprendra, avec ou sans nous », explique Sofiane. Il est employé par Bergams depuis sept ans, à la production.

L’usine de Grigny appartient au géant Norac (Daunat, La Boulangère, Sud’n’Sol, etc.), 25e groupe agroalimentaire français. Elle est à l’arrêt complet depuis le 13 septembre, avec plus de 98 % de grévistes sur la chaîne de production, selon les syndicats. Elle emploie des personnes d’une cinquantaine de nationalités, dont 80 % de femmes, pour fournir en sandwichs et autres salades « ultra-fraîches » des entreprises comme Air France, Monoprix, ou encore Starbucks. Le travail se fait à la chaîne, dans une usine réfrigérée, avec une cadence « infernale », selon les salariés. En septembre 2020, suite à la crise sanitaire, la direction de l’usine convainc les salarié·es de signer par référendum (en application depuis janvier 2021), un accord de performance collective (APC), qui sabre les salaires, tout en augmentant drastiquement les heures de travail, sous la menace d’une fermeture pure et simple de l’usine, à cause de difficultés financières liées au covid.

Cette disposition introduite par les ordonnances Pénicaud-Macron de 2017 permet à un employeur de modifier le cœur du contrat de travail (salaire, horaires, mobilité), sans avoir à garantir un retour à la normale ou la préservation des emplois. Le refus du salarié est synonyme de licenciement. Ces accords dits « offensifs » ont d’abord été timidement déployés, car ils nécessitent un vote des salarié·es ou la signature des syndicats majoritaires (1). Mais la pandémie a offert aux employeurs une arme de choix : le chantage à l’emploi.

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