Dépression post-partum : « prendre soin des mères »

Sage-femme et féministe, Chantal Birman est au centre d’un documentaire sur les difficultés psychologiques suivant l’accouchement. Un tabou qui souligne les carences du système.

Plan serré sur les femmes prises dans l’abîme des premiers jours de maternité. Pour son premier film, la cinéaste Aude Pépin s’est fondue dans l’ombre de -Chantal Birman, ancienne cheffe de service de la maternité des Lilas (Seine-Saint-Denis), devenue sage-femme libérale, au cours de ses visites accompagnant le retour des mères à domicile. Grâce au regard bienveillant de cette militante historique du droit à l’avortement, À la vie porte une lumière sensible et bouleversante sur un énorme tabou : l’épreuve psychique des débuts de la parentalité, qui conduit entre 10 % et 15 % des femmes à la dépression.

Est-ce la puissance rare de sa parole ou la sensibilité d’une documentariste qui a su retranscrire son combat avec simplicité ? Est-ce la société qui se montre enfin prête à ouvrir les yeux ? La jeune grand-mère a en tout cas vu micros et caméras affluer ces dernières semaines pour collecter son message d’alerte, longtemps ignoré, comme est ignorée la parole des sages-femmes aujourd’hui en lutte.

L’une des premières causes de mortalité chez les jeunes mères, la première année, c’est le suicide (1). Pourquoi personne, ou presque, n’en parle ?

Chantal Birman : D’une part parce que cela n’intéresse pas les médecins. Un obstétricien s’intéresse à ce qui se passe à la maternité et c’est normal. Quand on est dans l’institution, on perçoit le « baby blues » et les larmes, mais la vraie dépression qui arrive après et qui touche entre 10 % et 15 % des femmes (2) n’est pas visible.

Qui s’occupe de ces femmes ? Qui peut les signaler ? Personne. Elles sont seules chez elles. La seule mesure prise est de leur demander de venir en consultation, mais elles ne peuvent tout simplement pas ! Sous une chemise de nuit, on ne voit pas si la dame est pauvre ou a des problèmes autour d’elle. En faisant des visites à domicile, j’ai découvert qu’on pouvait vivre à dix dans 15 mètres carrés.

Comment expliquer cette fragilité de la période post-partum ?

Le désir d’enfant, chez les futures mères et pères, ne s’accompagne pas toujours du désir de changer profondément d’état. Après la naissance, on découvre subitement qu’on n’est plus les mêmes, psychiquement et physiquement. Pour les femmes, c’est terrible. Quand on leur annonce qu’elles peuvent rentrer chez elles, il y a l’idée qu’elles vont retrouver leur vie et leur corps. Mais elles ont déménagé pour de bon et ne pourront pas remettre les meubles comme ils étaient avant.

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