Les cerveaux et les cœurs de la Résistance

Des vivants met à l’honneur les résistant·es du Musée de l’homme. Documenté, au trait audacieux, ce livre à six mains bouleverse par sa sobriété et sa finesse.

R ésister, c’est déjà garder son cœur et son cerveau. » L’homme en violet caresse le chat et lit. Il neige. Ailleurs, une femme à voilette continue la lecture. « Mais c’est surtout agir. » Puis d’autres à leur tour, quelque part, dans Paris. Ce qu’ils lisent à voix haute ? Le premier numéro du journal Résistance, qui, le 15 décembre 1940, est né clandestinement grâce au réseau du Musée de l’homme. Des amis, des amants, des collègues. Comme une famille qui va au combat, s’agrandit, se fragilise, avec espoir mais sans illusions. C’est-à-dire beaucoup de cœurs, de cerveaux et de courage. Des vivants, donc.

« Ce qui nous a amenés à l’histoire du réseau du Musée de l’homme, c’est une passion commune pour la Résistance et l’anthropologie, expliquent Louise Moaty et Raphaël Meltz. Le fait qu’un groupe d’ethnologues ait été le noyau d’un des tout premiers réseaux de la Résistance en France nous a toujours semblé passionnant, d’autant que le Musée de l’homme est un lieu d’engagement dès son ouverture en 1938. Il y avait une matière visuelle et intellectuelle si forte et si inspirante qu’à peine avions-nous commencé à y réfléchir que nous avons plongé dedans et embarqué Simon [Roussin] dans l’aventure ! »

Habitué à écrire seul ses bandes dessinées, ce dernier entend bien éviter les pièges du genre. Pas de croix gammée, même pour évoquer l’Occupation. Du 17 juin 1938 au 23 février 1945, et en 260 pages, le livre n’en compte que deux entières, l’une en couverture et l’autre pour la mascarade de procès. Le trio d’auteurs est d’accord : il faut questionner la représentation du nazisme, souvent traitée avec des automatismes dans la fiction. Ni gros plans appuyés ni « uniformes dont on peut compter chaque bouton », dixit Simon Roussin. L’important n’est pas dans la saturation vert-de-gris.

Le 14 juin 1940, les premiers soldats allemands pénètrent dans Paris. Le Musée de l’homme est le seul à ouvrir. Et Paul Rivet, son directeur, de dire : « Soldats de plomb… je les supprime de mon champ visuel. » Cette phrase, Paul Rivet l’a bien prononcée, ou plutôt rédigée. Toutes les phrases de Des vivants ont été dites ou écrites dans la réalité.

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