Dossier : La France insoumise vise « l'union populaire »

Sur le terrain, une « insoumission » à géométrie variable

D’une ville ou d’un département à l’autre, les groupes de LFI n’ont pas la même implantation. Pour la présidentielle, les réseaux militants doivent pourtant se reconstituer rapidement.

A près ça, j’ai besoin d’un verre de rouge ! » Au bout d’une énième tirade sur Cuba, le Venezuela et Jean-Luc Mélenchon, Charlotte baisse les bras. Tracts en main, l’insoumise s’était engagée dans un débat sans fin avec un passant adepte de la prose CNews. Ça donne « L’Heure des pros » en plein Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), version low cost. Derrière elle, d’autres militants du mouvement se marrent. Ils sont venus à quatre, entre le métro et un marché, pour distiller leurs papiers et causer du programme. Autour d’eux, le trottoir s’est rétracté, grignoté par les étals de babioles. « Bonjour, le programme de l’Union populaire pour la présidentielle ! » À peine le temps d’articuler trois mots que le passant est déjà loin. Un autre insoumis, Rémy, a plus de succès avec une phrase plus efficace : « C’est Mélenchon ! »

Lancée de bon matin, l’opération tractage n’est ni massive ni impressionnante, mais elle permet aux militant·es de se replonger dans le bain. À une échelle plus large, il s’agit de remettre en marche la dynamique des groupes d’action. S’ils ont pu offrir à La France insoumise (LFI) une organisation souple et efficace en 2017, ils ne repartent pas tous au front avec les mêmes armes.

Pour avoir élu des député·es LFI dans cinq de ses douze circonscriptions, la Seine-Saint-Denis fait nettement figure de bastion pour le mouvement. Présente ce matin à Saint-Ouen, Manon Monmirel milite dans le département depuis presque quatre ans. Après avoir participé à la campagne législative victorieuse d’Éric Coquerel, elle est devenue ensuite son assistante parlementaire. « Avant son élection, je vivais déjà dans la circo, dans le quartier Garibaldi. C’est une ville particulière, avec des enjeux différents d’une zone à l’autre. Dans le vieux Saint-Ouen et à Garibaldi, il y a des problèmes liés aux trafics, par exemple, mais aussi à la gentrification, avec la prolifération de nouveaux projets immobiliers. Pour une personne qui viendrait militer ici sans rien connaître du contexte, ce serait compliqué. » En tant qu’assistante parlementaire, elle doit assurer la jonction entre le terrain et le travail à l’Assemblée.

Concrètement, la vingtaine de membres actifs des groupes d’action locaux peuvent lui faire remonter les problèmes du secteur. Parfois, ces situations recoupent des enjeux nationaux et nourrissent les travaux d’Éric Coquerel. D’autres cas concernent surtout les villes de sa circonscription, comme Saint-Ouen et Épinay-sur-Seine. L’intervention du député peut être décisive. « En principe, ce n’est qu’un élu de la nation, commence Manon en hésitant. Dans les faits, ça joue pas mal en termes de pression. Souvent, on travaille en bonne intelligence avec les acteurs institutionnels, comme le recteur ou l’ancien préfet, avec qui Éric avait de bonnes relations. » Le député a par exemple obtenu l’organisation d’une réunion entre le préfet, la commissaire et des habitant·es, après l’assassinat de deux jeunes d’un quartier de Saint-Ouen. Les échanges alimenteront une proposition de loi contre le trafic de drogues, préparée par le mouvement. « Même en dehors des périodes électorales, les militant·es continuent de s’investir, parce qu’ils savent qu’on peut contribuer à faire bouger les choses. Et même lorsqu’on n’est pas à l’initiative des mobilisations, on peut être utiles. »

« On sort d’une campagne régionale et départementale où on s’est beaucoup investis, c’était épuisant pour beaucoup de camarades. »

À la terrasse d’un café à Lisieux, Didier Canu se laisse aller à rêver de l’élection de député·es insoumis·es dans le Calvados. « Ici, le monde politique est très figé. Les élu·es en place, plutôt à droite, cumulent les mandats longtemps, pendant que nous peinons à exister médiatiquement », explique le militant, sans se départir de son air bienveillant.

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