Ascenseur pour les fachos (suite)

La banalisation des discours d’exclusion et de haine encourage d’éventuels passages à l’acte violents.

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C’est sans doute (1) le principal résultat de (bientôt) cinq années de macronisme : dans cette sinistre fin de quinquennat, les fascistes sont en roue libre. Plus une semaine ne s’écoule sans que leurs groupuscules attaquent des manifestations, des lieux culturels ou des militant·es de gauche. Surtout : c’est tous les mois ou presque, désormais, que des projets d’attentats néonazis sont découverts.

Mais le ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron – Gérald Darmanin – se tient coi. Sur Twitter, où il passe beaucoup de temps, il ne reste jamais plus de quelques heures sans dénoncer, entre deux annonces de saisies de drogue, de nouvelles « violences » – comme celles qui, ces jours-ci, s’offusque-t-il dans le moment où ces lignes sont écrites, « touchent la Guadeloupe ».

Mais jamais il ne dénonce les exactions répétées de l’extrême droite.

Ce samedi, tout de même, il a déclaré, dans Le Parisien, que les discours de « Marine Le Pen et Éric Zemmour » alimentaient, selon lui, de « mauvais réflexes » et des « pulsions profondes ». Puis de préciser : « Quand Marine Le Pen et plus encore Éric Zemmour considèrent qu’il faut très, très vite prendre le pouvoir parce qu’on va être grand remplacés ou que cela va être la guerre des civilisations, il y a une forme de discours qui légitime, j’espère malgré eux, cette théorie. »

Par ces mots, on l’aura compris, ce ministre (2) suggère que les proférations xénophobes de l’extrême droite partisane pourraient contribuer à la radicalisation de l’activisme d’extrême droite. Et cela est plus que probable, en effet – car de fait, la banalisation des discours d’exclusion et de haine encourage, comme l’a de très longue date relevé la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), organisme étatique, d’éventuels passages à l’acte violents.

Mais lorsque Emmanuel Macron accorde un entretien exclusif à un magazine qui se trouve depuis des années à la pointe de cette normalisation, ou lorsqu’il apporte son soutien à Zemmour, quels « mauvais réflexes » nourrit-il ? Et lorsque Gérald Darmanin lui-même, après avoir naguère assuré que, s’il devenait « maire de Tourcoing », il ne « célébrerai(t) pas personnellement de mariages entre deux hommes et deux femmes », puis disserté dans un livre sur « les difficultés touchant à la présence de dizaine de milliers de juifs en France » à l’époque napoléonienne, continue à se targuer sur Twitter, dans un pays rongé par le racisme, de « maîtris(er) les flux migratoires » en « expuls(ant) trois fois plus de personnes en situation irrégulière que les Anglais, deux fois plus que les Italiens et 50 % de plus que les Espagnols », quelles épouvantables « pulsions profondes » veut-il flatter ?

(1) Avec, bien sûr, l’enrichissement continu des plus riches et l’appauvrissement symétrique des plus pauvres.

(2) Qui, très soudainement plus sensible que lorsqu’il agonit certaines associations antiracistes, leur trouve tout de même la circonstance atténuante que c’est peut-être « malgré eux » qu’ils profèrent des insanités racistes.


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