Dossier : Ventes d'armes : le sale commerce de la France

Ventes d'armes : Le sale commerce de la France

Depuis un demi-siècle, au prétexte de souveraineté et d’emploi, la France fournit des armes aux pires régimes de la planète, contrevenant ainsi à tous les accords internationaux. Mais ce business mortifère, extrêmement coûteux pour l’État, est de plus en plus contesté. S’achemine-t-on vers la fin de ce scandale ?

Au mois de septembre, l’Australie, préférant finalement s’équiper de submersibles à propulsion nucléaire fournis par les États-Unis et le Royaume-Uni, renonce inopinément à l’achat de douze sous-marins conventionnels français. Cette abrupte annulation d’une vente d’armes qui avait été présentée dans l’Hexagone comme le « contrat du siècle » – d’un montant de 34,5 milliards d’euros – fait sortir de ses gonds le ministre des Affaires étrangères d’Emmanuel Macron, Jean-Yves Le Drian, que l’on imaginait mieux accoutumé aux dures lois de la concurrence libre et non faussée. Il tempête : « C’est une trahison entre alliés ! » Puis encore : « C’est un coup dans le dos ! » Le chef de l’État français, tout aussi remonté, accusera quant à lui le Premier ministre australien d’avoir « menti ».

Pour bien mesurer ce que cet emportement révèle des idéaux macronistes, il faut se rappeler que, cinq mois plus tôt, la France s’était chaudement félicitée de l’achat par l’Égypte du président Abdel Fattah Al-Sissi, qui avait déjà acquis deux douzaines de ces appareils en 2015, de trente nouveaux exemplaires du Rafale, l’avion de chasse du groupe Dassault, pour 3,75 milliards d’euros (lire page 22). Comme l’avait fort justement souligné Le Figaro (1) – qui appartient au même groupe et ne manque bien sûr jamais de chanter ses prouesses commerciales –, le gouvernement français, après avoir rituellement ovationné par la voix de sa ministre des Armées « un nouveau succès à l’export pour la France et son industrie de défense », avait alors tenu à souligner qu’un lien étroit unissait l’acheteur et le vendeur : « L’Égypte est un client fiable avec lequel nous n’avons jamais eu de mauvaises surprises. »

Dans la réalité, cependant, cette dernière assertion est pour le moins discutable. Car la France, signataire depuis 2014 du traité sur le commerce des armes (TCA) de l’Organisation des Nations unies (ONU), doit s’assurer, lorsqu’elle vend des matériels militaires à l’étranger, qu’ils ne seront pas utilisés à des fins contraires aux droits humains et au droit humanitaire international. Or la preuve a été apportée dès 2018 par Amnesty International France, au terme d’une minutieuse investigation, qu’entre 2012 et 2015 le régime égyptien avait fait usage d’armes françaises pour réprimer dans le sang des manifestations d’opposant·es. Pourtant, Paris continue imperturbablement à vendre des armes au président Al-Sissi.

En somme, la France, qui hurle à la trahison lorsque l’Australie démocratique revient brusquement sur sa décision de lui acheter des sous-marins, ne s’émeut nullement, en revanche, de ce que le président égyptien use de matériels militaires français pour réprimer des adversaires politiques. Loin de considérer que ce mésusage constitue une mauvaise surprise et que cet acheteur trahit ainsi sa confiance, elle la lui renouvelle, en l’accompagnant d’attentions particulières : au mois de décembre 2020, lors d’une très discrète cérémonie, ce client modèle a ainsi été décoré de la grand-croix de la Légion d’honneur par Emmanuel Macron.

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