Dossier : Empires médiatiques : Main basse sur l'opinion

Chez Médiacités : « Débusquer ce qui est caché »

Pour Jacques Trentesaux, cofondateur de Mediacités, indépendance et transparence sont les piliers d’une presse libre.

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Créé en 2016, à l’initiative de plusieurs anciens journalistes de L’Express, dont Jacques Trentesaux, Mediacités – un pure player sur le modèle ostensible de Mediapart, dont le contenu est accessible uniquement aux abonnés – s’attache à mener des enquêtes en profondeur dans diverses villes hors Paris : actuellement Lille, Lyon, Nantes et Toulouse.

Quels sont les grands principes qui sous-tendent Mediacités ?

Jacques Trentesaux : Nos valeurs sont consignées dans un manifeste. C’est le premier texte que nous avons publié. Le projet Mediacités est porté par des journalistes qui ont le goût de l’investigation sur le temps long, en particulier en régions. La presse française est très centralisée et, selon nous, il y a un déséquilibre patent entre Paris et le reste du pays au niveau du journalisme d’investigation. À l’inverse du micro tendu, notre pratique vise à creuser au maximum pour trouver quelque chose d’intéressant à révéler. Par ailleurs, nous appliquons l’égalité de traitement entre nous – tout le monde est payé au même niveau – et nous cultivons une forme d’humilité – personne ne se met en avant. Nous voulons avant tout agir au service de nos lecteurs, en les associant le plus possible, que ce soit sur le plan éditorial – avec des enquêtes participatives – ou sur le plan financier – avec la Société des amis de Mediacités. Indépendance et transparence constituent deux principes fondamentaux à nos yeux.

Pouvez-vous préciser les sources de votre financement ?

Nous avons démarré en 2016 avec nos deniers personnels, complétés par une bourse à l’émergence du ministère de la Culture puis par une opération de crowdfunding menée au printemps 2017. Ensuite, nous avons dû ouvrir le capital et nous avons fait entrer environ 170 actionnaires, qui sont surtout de petits actionnaires. Le plus gros des actionnaires extérieurs ne possède pas plus de 6 % du capital. Les fondateurs de Mediacités en détiennent la majorité.

Qu’est-ce qui détermine le choix des villes dans lesquelles vous vous implantez ?

Nous nous basons avant tout sur trois critères. D’abord, le potentiel de la ville en termes de lectorat. Ensuite, l’absence de concurrence au niveau de la presse locale. Enfin, la possibilité de constituer sur place une équipe de journalistes.

Quels rapports entretenez-vous avec les pouvoirs politiques et judiciaires dans les villes où vous opérez ? Avez-vous déjà subi des procès ?

Nous avons déjà gagné deux procès et n’en avons perdu aucun. Quatre ou cinq procédures sont en cours. Il s’agit surtout de plaintes en diffamation. Elles proviennent principalement d’élus. Les élus locaux n’ont pas l’habitude d’avoir une presse pugnace en face d’eux. Ils ont plutôt l’expérience d’une presse qui accompagne et expose leur politique. Mediacités cherche au contraire à débusquer ce qui est caché. Cela peut énerver certains élus, plus susceptibles que d’autres. Intenter un procès ne leur pose pas de problème car les frais sont couverts par la protection fonctionnelle, c’est-à-dire payés par la collectivité. En revanche, un procès nous coûte à la fois de l’argent, du temps et de l’énergie. De plus, même si nous gagnons, nous perdons de l’argent car nous n’obtenons pas de dommages et intérêts.

La liberté de la presse vous semble-t-elle menacée à l’heure actuelle en France ?

Oui, à différents niveaux. Le problème au niveau capitalistique apparaît évident : la surreprésentation d’acteurs extérieurs à la presse qui investissent dans les médias car cela peut préserver leurs intérêts, voire les protéger. Bernard Arnault, patron de LVMH, par ailleurs détenteur des Échos, peut être sûr qu’il n’y aura pas d’enquête gênante sur son groupe dans le premier quotidien économique français.

Au niveau judiciaire, dont nous venons de parler, il existe un vrai risque d’atteinte à la liberté de la presse avec ces procédures très lourdes. La simple menace d’un procès peut suffire à entraver l’action de médias moins offensifs ou plus fragiles sur le plan économique. Un tel contexte induit un risque sérieux d’autocensure. J’ai le sentiment que nous sommes dans une démocratie à faible intensité – pour reprendre une formulation de Fabrice Arfi –, autant dire une démocratie dans laquelle les contre--pouvoirs ne sont pas trop appréciés…

Jacques Trentesaux Journaliste.


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