99,8 % des Français sont contaminés au glyphosate

Une étude scientifique portée par l’association Campagne glyphosate France fait état d’une contamination généralisée des Français par cet herbicide controversé. Avec des concentrations plus élevées chez les hommes, les enfants et les agriculteurs.

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Près de 100 % de la population française testée positive au glyphosate. C’est l’inquiétant résultat de l’étude portée par l’association Campagne Glyphosate France, qui milite pour une agriculture sans pesticides. Réalisée entre juin 2018 et janvier 2020 sur 6.848 participants volontaires recrutés dans toute la France métropolitaine et à La Réunion, l’étude fait état d’une contamination générale de la population à l’herbicide, avec un taux moyen de 1,19 ng/mL.

À l’origine de cette étude, dont les résultats sont publiés ce 12 janvier dans la revue scientifique spécialisée Environmental Science and Pollution Research : des citoyens sensibilisés à la question de la contamination par les pesticides et soucieux des risques de ces produits pour la santé. Ils décident de faire analyser leurs urines, pour détecter une éventuelle trace de glyphosate. Tous se sont révélés contaminés.

Ils créent alors l’association Campagne Glyphosate France, avec pour but de conduire une étude d’ampleur, sur l’ensemble du territoire. Des membres indépendants de la communauté scientifique et médicale constituent un comité scientifique, l’étude est lancée. 175 séances de prélèvements permettront d’analyser les urines de personnes provenant de 84 départements français.

Chacun des participants a renseigné son âge, son sexe, son lieu de résidence, sa situation professionnelle et des informations concernant son alimentation. Des données qui permettent d’établir des liens entre ces différents facteurs et la concentration en glyphosate retrouvée dans l’urine. L’étude montre ainsi que le niveau de glyphosate est plus élevé chez les hommes et chez les enfants et qu’il diminue avec l’âge. Les fumeurs possèdent également des taux plus importants, l’herbicide étant utilisé comme réducteur d’humidité avant la récolte de certains tabacs, de même que les agriculteurs, en particulier les viticulteurs, du fait de l’utilisation intensive des pesticides dans les vignobles.

Une présence marquée dans l’eau

Le glyphosate est aussi présent en plus grande quantité chez les consommateurs d’eau du robinet, de source naturelle ou de puits, tandis que ceux buvant de l’eau filtrée enregistrent une concentration plus faible. « L’eau du robinet et l’eau de source contiennent du glyphosate, explique Julie Di Cristofaro, chercheuse à l’Établissement français du sang, membre du comité scientifique ayant réalisé l’étude. La limite maximale de résidus de glyphosate en France pour l’eau potable est de 0,1 ng/mL, soit le niveau maximal autorisé à l’échelle européenne. » D’après le commissariat général au développement durable, le glyphosate arrive en tête des pesticides les plus présents dans les cours d’eau français.

La teneur en glyphosate retrouvée dans les urines dépend également des saisons. Les taux sont plus élevés au printemps et en été, ce qui coïncide avec les périodes durant lesquelles les pesticides sont le plus utilisés. « Ces résultats soulèvent la question de la contamination environnementale des pesticides, pointe Julie Di Cristofaro. Pulvérisés sur les cultures, les pesticides se retrouvent dans les sols, dans l’eau, sur les aliments et, ce faisant, dans nos organismes. »

En 2017, une étude de l’association Générations futures constatait la présence de glyphosate dans 53 % des échantillons d’aliments testés, dont 87,5 % des céréales du petit-déjeuner. En 2018, tous les vins et jus de fruits testés en Suisse contenaient du glyphosate. Si les personnes consommant des aliments biologiques en grande quantité ont une concentration en glyphosate inférieure aux autres, cela se vérifie seulement pour celles dont plus de 85 % de l’alimentation est issue de produits biologiques. Pour les autres, la teneur en glyphosate reste la même. Les volontaires qui ont entrepris de faire tester leur urine étaient d’ailleurs des personnes consommant plus de produits issus de l’agriculture biologique que la moyenne, ce qui peut constituer un biais, comme l’explique Daniel Grau, docteur en mathématiques appliquées qui a contribué à l’analyse statistique des données de l’étude. « Les volontaires ne sont absolument pas représentatifs de la population française. Ils étaient tous plus ou moins intéressés par les questions écologiques, mangeaient plutôt bio, faisaient de l’activité physique… Avec un échantillon plus représentatif, nous aurions certainement obtenu des concentrations en glyphosate encore plus fortes. »

« Cancérigène probable » mais pas en Europe

Commercialisé par Monsanto à partir de 1974 sous le nom de « Roundup », le glyphosate est aujourd’hui le pesticide le plus utilisé en France et dans le monde. Depuis 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé, le classe comme « cancérigène probable », après avoir établi un lien entre le lymphome non hodgkinien – un cancer du système immunitaire – et l’exposition au glyphosate. Des études ont également montré que l’herbicide pouvait altérer le développement neurobiologique ou encore agir comme perturbateur endocrinien, influençant le fonctionnement hormonal.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a quant à elle conclu, dans un rapport d’évaluation en mars 2015, qu’il était « improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l'homme ». L’agence de l’Union européenne s’appuyait alors principalement sur des études menées par des industries agrochimiques. Deux ans plus tard, l’Agence européenne des produits chimiques affirmait elle aussi que « les preuves scientifiques disponibles ne permett[aient] pas de classer le glyphosate en tant que substance cancérigène ». L’utilisation du glyphosate dans l’Union européenne est actuellement approuvée jusqu’au 15 décembre 2022.


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