Dans la chaleur de Sons d’hiver

Ouvert à de multiples possibles, le très prospectif festival Sons d’hiver propose une édition 2022 fort attractive et partiellement réinventée.

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Se déployant en début d’année dans plusieurs villes du Val-de-Marne et à Paris, Sons d’hiver s’attache depuis 1992 à combattre la frilosité autant que la morosité avec une programmation musicale orientée vers la mixité et l’inventivité. Si le festival explore en particulier la sphère du jazz contemporain, sur ses versants les plus remuants, il creuse également d’autres territoires sonores (hip-hop, musiques dites du monde, free-rock…) et cherche au maximum à susciter des croisements inattendus – parfois inouïs – entre les différents univers. Le plus important, c’est que le résultat sorte de l’ordinaire et emporte ailleurs : loin, de préférence.

Après avoir été réduit à une version 100 % en ligne l’an dernier, crise sanitaire oblige, Sons d’hiver effectue son retour dans le monde physique avec une édition 2022 à la configuration inédite, les organisateurs ayant su réinventer en partie l’événement, compte tenu du contexte. « Les temps tourmentés que nous traversons n’auront pas eu que des mauvais côtés, explique Fabien Simon, directeur du festival. Ils nous auront notamment obligés à une réflexion approfondie sur le rôle et le sens de nos activités et de nos pratiques. »

Amenés à durer, ces questionnements internes entraînent de premiers effets concrets. Possibilité va ainsi être offerte à certains artistes de passer davantage de temps dans le Val-de-Marne afin d’y développer au mieux leurs projets in situ. Parallèlement, une augmentation du nombre des résidences de création est prévue.

La plateforme en ligne, lancée en 2021 comme solution alternative, est pérennisée. Accessible via le site Internet de Sons d’hiver, elle met à portée de clic des créations radiophoniques, des interviews, des reportages ou encore des podcasts : il ne s’agit pas d’un substitut, mais bien d’un complément, rien ne pouvant remplacer l’expérience physique d’un concert vécu au milieu d’un public, a fortiori dans un festival comme celui-ci où tout – ou presque – se joue dans l’instant.

Particulièrement fournie, cette édition 2022 invite justement à partager de nombreux concerts, tous en format assis (c’est-à-dire conformes aux mesures sanitaires en vigueur). Le programme est alléchant. On peut citer par exemple – mais pas par hasard – la chanteuse, poétesse et musicienne états-unienne Moor Mother, nouvelle figure essentielle de la scène contemporaine, qui oscille entre hip-hop ténébreux, jazz avant-gardiste et soul (post-)moderne. Elle se produit ici en duo avec le batteur sénégalais Dudù Kouate et au sein d’Irreversible Entanglements, vibrant collectif free-jazz de Chicago, dont le splendide dernier album en date, opportunément titré Open the Gates, est sorti fin 2021 chez International Anthem, excellent label également situé à Chicago.

Un autre ambassadeur majeur de Chicago effectuera le voyage jusqu’en Île-de-France, en la personne du stakhanoviste compositeur et multi-instrumentiste Rob Mazurek (par ailleurs plasticien), toujours en quête de nouveaux horizons sonores : du post-rock à l’électronique en passant par le jazz. Bénéficiant ici d’une résidence d’une dizaine de jours, il va animer une master class et présenter pas moins de trois projets : une performance multimédia (The Book of Sound), un concert dans la série Desert Encrypts – développée en résonance avec les étendues désertiques du Texas – et un concert de l’Exploding Star Orchestra, vaste ensemble à géométrie variable aussi inclassable qu’inflammable.

De son côté, le batteur et percussionniste Hamid Drake – lui aussi affilié à la scène de Chicago – va orchestrer un hommage à Alice Coltrane, aventurière légendaire du spiritual jazz (tendance hindouiste), en compagnie d’un bel aréopage international, comprenant notamment le saxophoniste français Thomas de Pourquery, rompu aux expéditions musicales interstellaires.

Très présent sur le festival, Hamid Drake va également participer au concert – plus que prometteur – durant lequel The Master Musicians of Jajouka, mythique collectif de musiciens marocains mené par Bachir Attar, se lancera dans une transe avec plusieurs invités.

Parmi les autres rencontres transfrontalières de ce Sons d’hiver 2022, signalons encore in extremis 368 Degrés, nouveau trio panafricain réunissant le pianiste-claviériste malien Cheick Tidiane Seck, le batteur ivoirien Paco Séry et le bassiste sénégalais Alune Wade.

Sons d’hiver, jusqu’au 19 février, dans le Val-de-Marne et à Paris, www.sonsdhiver.org


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