Une main rouge pour la mort du climat

Alors que le deuxième volet du rapport du GIEC est sorti ce lundi, des militants pour le climat ont peint une main rouge géante sur le parvis du Louvre, symbole de l’inaction politique.

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Huit heures. Le soleil vient baigner Paris. « Ça va être magnifique », chuchotent les militants pour le climat, marchant vers le parvis du Louvre, quasi-déserté de touristes. Ils sont une quarantaine, membres d’Alternatiba, Action non-violente (ANV) Cop 21 et les Amis de la Terre, à sortir leurs pochoirs géants, leurs bombes de peinture, et prendre place devant la pyramide, pour lever leurs mains couvertes de rouge.

« On est venus apposer une main rouge géante devant le Louvre parce que le nouveau rapport du GIEC, décrit le fait que les impacts du changement climatiques sont survenus encore plus rapidement et avec encore plus d’ampleur que prévu, explique Lorette Philippot, porte-parole des Amis de la Terre. À quelques semaines des présidentielles, cette main rouge est un signal d’alarme, encore une fois, sur ce que dit la science, pour remettre le climat au centre du débat politique. »

Ce 28 février en effet est publié le deuxième volet du rapport d’évaluation du GIEC, faisant état des connaissances scientifiques actuelles sur les conséquences du réchauffement climatique et les possibilités d’adaptations pour les gouvernements. Le rapport pointe des changements « de plus en plus irréversibles », menaçant 3,3 à 3,6 milliards d’humains. Désespérés face aux échecs de leurs appels depuis des décennies, les scientifiques ne savent plus comment le dire ou l’écrire : le changement climatique est une réalité qui menace notre survie, pour lequel « tout retard dans la mise en œuvre d'une action concertée, globale et anticipée en faveur de l'adaptation et l'atténuation nous fera rater la courte fenêtre d'opportunité, qui se referme rapidement, pour garantir un avenir vivable et durable pour tous ».

« Il n'y a pas de planète B »

Le Louvre a été choisi comme lieu symbolique, Emmanuel Macron y ayant prononcé son discours de victoire en 2017. Pour les militants, le bilan de son quinquennat concernant la lutte contre le changement climatique est inexistant. Lorette Philippot le rappelle : 

Nous pouvons encore choisir d’arrêter de relâcher des tonnes de gaz à effet de serre pour qu’elles ne pèsent pas sur les générations qui n’ont même pas encore vu le jour. Chaque dixième de degrés de réchauffement qui n’aura pas lieu, ce seront des destructions évitées et des vies épargnées. Rien ne peut justifier l'inaction et rien ne sera pardonné aux responsables.

Déplorant que cette cause universelle et vitale ne représente que 2,6 % du temps de parole de la campagne présidentielle, les militants ont appelé à des actions urgentes, et notamment la mise en œuvre du « Plan A », « qui remet le climat et la justice sociale au centre des priorités électorales ». « Pourquoi le plan A ? Parce qu’il n’y a pas de planète B ! » explique Emma Tosini, porte-parole d’ANV Cop 21. Derrière elle, les militants l’encerclent, chantant en chœur « le plan A… le plan A…même si Macron ne le veut pas, c’est le plan A ! » Une sécurité sociale alimentaire – offrir des chèques alimentaires soutenant une agriculture durable –, deux millions d’emplois pour le climat, la taxe des revenus sur le capital – largement diminuée sous Emmanuel Macron –, et un plan de rénovation thermique des bâtiments pour sortir de la précarité énergétique, c’est le Plan A, porté par Alternatiba, ANV COP 21 et les Amis de la Terre.

Le grand absent des débats politiques

Deux membres du collectif Scientifiques en rébellion ont également appelé à une révision de l’ensemble de notre système. Pour Milan Bouchet-Valat, sociologue, le constat est assez sombre et radical : 

 Tant que tout sera fait pour pousser à la consommation, tant que les plus riches serviront de contre-exemple en étant les plus gros pollueurs, et tant que les lobbies passeront avant l’intérêt général, aucune transition ne pourra être considérée comme juste. Des améliorations technologiques et des mesures à la marge ne suffiront pas à éviter la catastrophe.

Plus tard, il confie « à quoi ça sert d’être scientifique et d’établir ces constats, de pouvoir dire les conséquences au dixième de degré près, s’il n’y a aucune action politique ? ». « C’est notre survie qui est en jeu (...) mais l’urgence climatique brille toujours par son absence dans les débats politiques »,soulève Jérôme Guilet. « La situation ressemble malheureusement à celle décrite dans le film “Don’t Look up” – qui décrit l’inaction mondiale face à l’arrivée imminente d’un astéroïde annoncé par les meilleurs scientifiques, NDLR – donc en tant qu’astrophysicien, je vous enjoins à enfin lever les yeux ! »

En quittant le parvis, les militants lancent au public un appel à rejoindre la marche climat Look Up, le 12 mars.


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