Les complaisances de Mme Schiappa

Marlène Schiappa, macroniste éminente, participe à la banalisation et à la normalisation de l’extrême droite et de sa propagande.

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La semaine dernière, Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron, participait à un « grand débat » organisé par l’hebdomadaire Valeurs actuelles, condamné en 2015 pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les Roms, puis, en 2021 – nous y reviendrons –, pour injure publique à caractère raciste.

Ce magazine avait aussi invité, parmi d’autres éminences d’extrême droite – dont un représentant du parti péniste –, le candidat Éric Zemmour, qui a déjà été deux fois condamné, quant à lui, pour provocation à la haine raciale ou religieuse, et jugé en appel, en janvier, pour contestation de crime contre l’humanité. Et bien sûr, ce nationaliste fanatique a profité de la tribune qui lui était offerte pour dérouler devant une assistance captive son programme dégueulasse, qui prévoit particulièrement la « remigration », en cinq ans, d’« un million » d’« étrangers ».

Ce n’était pas (du tout) la première fois que Marlène Schiappa se prêtait à de telles promiscuités : elle avait, dans le cours des années précédentes, accepté plusieurs invitations similaires. D’Éric Zemmour, d’une part, qui l’avait reçue le 10 février 2020 dans l’émission quotidienne qu’il animait alors sur CNews – nonobstant ses condamnations pour provocation à la haine raciale ou religieuse. Mais aussi de Valeurs actuelles : en 2020, elle avait accordé un (nouvel) entretien à cet hebdomadaire un mois après qu’il avait publié l’article infâme qui allait lui valoir en 2021 une condamnation pour injure publique à caractère raciste – mais dont la teneur n’avait donc nullement rebuté la ministre déléguée auprès du ministre de l’Intérieur d’Emmanuel Macron.

Par conséquent, et selon toute apparence : du point de vue de Marlène Schiappa, la profération d’insanités racistes n’est pas rédhibitoire – et ne l’empêche en tout cas pas de se rendre aux invitations des gens qui les ont proférées ou publiées (et qui ont été condamnés pour cela), ni de débattre avec ces marchands de haine (1).

Par cette contribution à la légitimation d’une prose dont la justice a distinctement dit (et sanctionné) le caractère délictuel, mais dont elle nous signifie, en continuant de répondre favorablement à leurs sollicitations, que ses auteurs restent à ses yeux des gens fréquentables, Marlène Schiappa, macroniste éminente, participe à la banalisation et à la normalisation de l’extrême droite et de sa propagande. De sorte que, lorsque après cela on lit dans Le Monde que « les soutiens de Macron agitent la menace Le Pen pour lancer un rappel à la mobilisation » de leur électorat, on se dit que c’est à peu près aussi sincère et convaincant que si Attila faisait soudain mine de s’inquiéter que l’herbe ne repousse plus.

(1) On notera, au passage, que Mme Schiappa semble – beaucoup – moins empressée de débattre avec des représentant·es de la gauche anticapitaliste, antifasciste, antiraciste, antisexiste et antispéciste.


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