Macron : Entrer dans l’arène, refuser le combat

Le président désormais candidat s’affirme comme un défenseur du débat démocratique… tout en l’empêchant.

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Il martèle une promesse qu’il prononçait déjà en 2017 : renouveler l’exercice démocratique. Dans le slogan « Avec vous », mot d’ordre de la campagne du chef de l’État sortant, se lirait aussi « une méthode démocratique nouvelle dans la continuité ». Pourtant, depuis qu’il a enfilé son costume de candidat, Emmanuel Macron fait surtout le choix de la continuité au détriment de la nouveauté. Il conserve la ligne lui ayant valu tant de critiques tout au long de son quinquennat : la verticalité. Malgré les accusations d’« esquiver le débat » venues de l’opposition de gauche comme de droite, il n’y aura pas d’échanges directs entre tous les candidats avant le premier tour, au contraire de ce qui avait prévalu en 2017.

Le 17 mars, aux Docks d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, Emmanuel Macron livre son programme. L’événement a le statut de « conférence de presse ». Le président-candidat l’ouvre par un long monologue aux airs d’exposé universitaire. Une heure et demie durant laquelle il assène un projet composé d’une centaine de propositions, avant de répondre à la trentaine de journalistes présents.

Le candidat en surplomb répond le plus souvent à des demandes d’éclaircissement, parfois à quelques critiques relayées par la presse. Sans aucun « droit de suite » qui marquerait un début de confrontation d’idées qu’il ne pourrait avoir qu’avec des adversaires politiques. Interrogé à nouveau sur ce refus, il persiste à invoquer ses prédécesseurs, avant de s’enorgueillir d’avoir su s’en distinguer : « Aucun ne s’est même soumis à ce que j’ai fait cette semaine, c’est-à-dire un format unique dans le cadre d’une émission. » Référence à la soirée organisée par TF1 le 14 mars, baptisée « La France face à la guerre », où huit des douze candidats ont défilé sans se croiser, pour une interview. À trois semaines du premier tour, il s’agissait de sa seule intervention dans le cadre d’une émission télévisée durant cette campagne.

Son programme n’est accompagné d’aucun chiffrage. Impossible donc d’en discuter.

Le programme d’Emmanuel Macron n’est en outre accompagné pour l’instant d’aucun chiffrage. Impossible donc d’en discuter. De quoi douter de ses bonnes intentions démocratiques affichées dans le premier épisode de sa petite série YouTube de campagne, tournée façon Netflix : « Il faut que le débat puisse se conduire et que, moi aussi, en tant que candidat, je puisse expliquer, convaincre, proposer, être attaqué, critiqué, contesté, répondre à la controverse, m’y livrer moi-même. »

Dans les mots, le président-candidat ne cesse de se présenter comme un ardent défenseur de la vitalité démocratique. « J’assume, durant ce quinquennat, d’avoir mené des innovations démocratiques inédites », explique-t-il à Aubervilliers en se reposant sur un maigre bilan : une Convention citoyenne pour le climat, dont seulement 15 propositions ont été retranscrites sur les 149, et un « grand débat national » durant lequel les consultations se sont succédé et les propositions ont été entendues, avant d’être bien vite enterrées. Il n’oublie pas non plus de rappeler qu’il a été « le premier à accepter un débat d’entre-deux-tours avec Mme Le Pen. Enfin, avec un candidat d’extrême droite ».

À Poissy, dans les Yvelines, pour sa première sortie de campagne, organisée par le maire ex-Les Républicains Karl Olive, le 7 mars, les questions étaient écrites en amont et lues au mot près par les intervenants. Le 18 mars à Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, le président-candidat s’est livré à une « conversation » dans une ville tenue, là aussi, par l’un de ses soutiens, et le plus historique : François Bayrou, le patron du Modem. Douze lecteurs de Sud-Ouest et de La République des Pyrénées sélectionnés par les deux quotidiens régionaux ont pu l’interroger. Aucun micro ni caméra n’était autorisé à entrer dans la salle du Palais Beaumont.

En lieu et place d’une confrontation en règle, le président de la République préfère une « lettre aux Français » expéditive, publiée le 4 mars dans la presse régionale, ou distribuer un fascicule de 24 pages dans lequel est listée une série de mesures. Une manière encore d’assommer le débat public avec ses idées et d’occuper le terrain sans « s’abaisser » à la hauteur de ses concurrents. Le prochain rendez-vous est pour l’heure calé au 2 avril, pour un meeting à Paris, à J – 8 du premier tour.


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