Marioupol, cité martyre

Bouleversé par le drame de cette ville ukrainienne sous le feu russe, Alain Coulombel, porte-parole d'EELV, craint que nous n'ayons tiré aucune leçon des grandes catastrophes civilisationnelles du XXe siècle.

Cet article est en accès libre. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas se financer avec la publicité. C’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance : achetez Politis, abonnez-vous.


La guerre est à nos portes. Aux portes de l’Europe occidentale, venue de ses confins si proches. La guerre est à nos portes et nous n’avons rien vu ou rien voulu voir, ni le désordre du monde, ni la défaillance des États, les conflits insolubles, les zones grises et le chaos en maints endroits du monde. Notre belle planète livrée aux pillages, aux mafias, aux oligarchies. Et partout, la guerre devenue permanente, extensive, globale, se démultipliant en conflits régionaux et s’affranchissant du droit international. Une guerre d’anéantissement, bien souvent, n’ayant plus comme seul adversaire l’armée ennemie, ni même l’État mais les civils, la population toute entière et tout ce qui fait société. Guerres d’anéantissement total avec ses villes encerclées, ses faubourgs en feu, ses immeubles éventrées, ses infrastructures détruites ou endommagées à grande échelle (écoles, hôpitaux, crèches, musées, immeubles…), comme à Grozny, Alep, Homs, Deir ez-Zor, Sanaa…

Avions-nous oublié « Allemagne année zéro » le film de Roberto Rossellini sorti en 1948 ? Ou les images des bombardements de Dresde ou de Guernica ? Aujourd’hui Marioupol, encerclée, fumante sous les bombardements des avions russes. Des ruines, des ruines, à en perdre la vue et la raison, des tombereaux de gravats et de cendres, de fer, de voitures disloquées, de corps allongés et de vies brisées. Marioupol, cité martyre, cité meurtrie, comme ses grandes et petites sœurs de tous les pays, d’hier et d’aujourd’hui. Marioupol qui résiste et qui se terre. Marioupol, Kharkiv, Tchernihiv, Soumy, ces noms de villes, hier inconnus, et qui frappent douloureusement à la porte de nos consciences.

Tout était en place et nous n’avons rien vu ou rien voulu voir. La Russie de Poutine, son armée, ses services secrets et ses oligarques voraces (comme il y en a tant d’autres ailleurs) incarnant le capitalisme dans de ce qu’il a de plus prédateur mais accueillis à bras ouverts dans notre « belle » Europe, peu regardante lorsqu’il s’agit de ses intérêts : villas somptueuses à Londres ou à Monaco, chalets à Courchevel, domaines de chasse, clubs de foot, super yachts à Barcelone ou aux Baléares…

Notre belle et vieille Europe fatiguée, un brin cynique, exportant la guerre ailleurs et son humanisme de façade, un brin indifférente ou impuissante, confortablement installée, à l’abri, croyait-elle, de la guerre sur son sol.

Tout était en place et nous n’avons rien voulu voir. La course à la puissance, la montée aux extrêmes des dépenses d’armement, la sophistication de nos armes de guerre (robots intelligents, drones, exosquelettes, missiles hypersoniques, systèmes d’armes laser…), le démantèlement de tous les traités de non-prolifération ou de partenariat pour la paix, la faiblesse de la régulation internationale et notre faim dévorante pour les énergies fossiles.

Comme si, tragiquement, nous en revenions au principe barbare de la guerre considérée comme le mode normal des relations entre les peuples et entre les États. À croire que nous n’aurions tiré aucune leçon des grandes catastrophes civilisationnelles du XX° siècle.


Haut de page

Voir aussi

Au lycée, le SOS des SES

Société accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.