Un despote peut en cacher un autre

En 2014, Hollande avait renoncé à livrer des navires à la Russie… pour les céder en 2015 à l’Égypte.

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La France d’Emmanuel Macron, après celle de François Hollande, a tranquillement continué, comme d’autres pays d’Europe, à livrer des armes jusqu’en 2020 à la Russie de Vladimir Poutine – dans le moment précis, donc, où ses armées ravageaient Alep après Grozny, et avant Marioupol.

Interviewé la semaine dernière par Le Parisien, Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères de M. Macron, après avoir été celui de la Défense sous M. Hollande, a crânement déclamé qu’il refusait de « parler » de ce « sujet ». Mais il a tout de même tenu à « insister spécifiquement » sur le fait qu’il avait, en 2015, lorsqu’il était donc ministre de la Défense du président « socialiste », « mis en œuvre la décision de François Hollande de renoncer à la vente » de deux porte-hélicoptères Mistral au Kremlin, qui venait d’annexer la Crimée. Puis de fanfaronner : « C’était un acte politique et financier lourd. Nous avons pris, à ce moment-là, toutes nos responsabilités. »

C’est très beau. Mais, dans la vraie vie, les choses se sont passées un peu différemment. François Hollande, loin de vouloir « prendre toutes [ses] responsabilités » après l’annexion de la Crimée, assurait encore en juillet 2014 qu’il était hors de question pour lui de renoncer à la livraison des bâtiments achetés (et payés) par la Russie. Et c’est uniquement parce qu’il a été soumis à une gigantesque pression internationale – des États-Unis, en particulier – qu’il s’est finalement résolu, deux mois plus tard, à ne pas livrer ces navires à Moscou, qui les avait déjà payés.

Dans la vraie vie, Le Drian lui-même, qui se targue donc de l’avoir mise en œuvre et la présente aujourd’hui comme un pur moment d’éthique, n’était pas du tout favorable à l’annulation de cette vente. Il a même expliqué – sans rire – qu’il s’agissait de « bateaux » qui n’étaient « pas armés », et qui par conséquent ne pouvaient pas être véritablement considérés commedes navires « de guerre » avant leur arrivée en Russie. (Cette kalachnikov n’est pas du tout un fusil d’assaut, voyons : elle n’est pas chargée.)

Mais la suite – que le ministre, probablement sous l’effet d’un accès de pudeur, n’évoque pas dans l’entretien publié par Le Parisien – est encore plus intéressante. Et édifiante – ô combien. Car l’annulation de cette livraison coûtait cher à la France : il fallait rembourser aux Russes le petit milliard d’euros qu’ils avaient déboursé pour l’achat des deux porte-hélicoptères.

Alors François Hollande, toujours flanqué de son fidèle Jean-Yves, a cherché une bonne âme susceptible de les racheter. Et, par chance, il l’a trouvée. En la personne du principal client de l’industrie française de l’armement : le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi. Le fameux démocrate qui, selon Amnesty International, foule quotidiennement aux pieds les droits humains. Et qui a finalement acquis en septembre 2015, pour 950 millions d’euros, les deux navires de guerre dont la livraison à la Russie avait été annulée.


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