En Ukraine, le lourd tribut des anciens à la guerre

Isolées, affaiblies, peu mobiles, les personnes âgées sont souvent les dernières à quitter leur ville, malgré les bombardements ou l’occupation.

Boutcha, 50 km au nord-ouest de Kyiv. Sous une pluie battante, Nina tente de faire cuire des sardines dans une eau chauffée par quelques bûches. « Ce n’est pas pour moi, c’est pour les chats du quartier », explique cette petite femme de 83 ans, pourtant amaigrie, qui veille sur une dizaine de félins abandonnés par les voisins lors de leur fuite.

Dans cette ville martyre de 30 000 habitants, où l’occupant russe a laissé plusieurs centaines de cadavres dans son sillage, il n’y a plus ni électricité, ni gaz, ni eau courante. Les habitants cuisinent à même le sol, devant les immeubles. Quand ils ont de quoi manger. Pour Nina, qui a vécu isolée dans son appartement pendant un mois, il n’a jamais été question de quitter Boutcha. Malgré la présence angoissante des soldats russes, l’absence de nourriture et l’impossibilité de se déplacer dans les abris souterrains lors des bombardements. Partir pour aller où ? « Mon fils est moine, il habite loin et m’a demandé de quitter Boutcha. Mais je n’ai nulle part où aller. Je n’ai pas eu vraiment peur des Russes. Ce sont des barbares, mais pas au point de s’en prendre à une vieille femme. Ils ont pillé certains appartements de mon immeuble, mais ils ont épargné le mien. Je me suis contentée de suivre leurs consignes. Pour sortir, par exemple, il fallait porter un brassard blanc, sinon on pouvait être tué », raconte Nina.

Quelques rues plus loin, Pavlo a tout essayé pour évacuer son grand-père de Boutcha. Il a passé son vingtième anniversaire sous les bombes, dans l’abri de son école vétérinaire avec plusieurs centaines d’autres habitants, deux jours après le début de l’invasion russe. Il a réussi à quitter la ville deux semaines plus tard avec sa petite amie et sa mère, dans l’un des rares bus bondés mis en place pour quitter cet enfer. Mais son grand-père a refusé de les accompagner. « Je suis revenu quelques jours après la libération. J’ai découvert que mon grand-père était mort pendant mon absence. Aujourd’hui, j’essaye de trouver une place dans un cimetière pour l’enterrer dignement », explique le jeune homme.

Il reste 76% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 5€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.