Dossier : Voter Mélenchon (ou pas)

L’abstention, « un enjeu citoyen, social et politique »

Alors que le nombre de personnes qui bouderont les urnes à la présidentielle pourrait atteindre des records, le professeur de science politique Jean-Yves Dormagen revient sur les raisons d’une telle démobilisation et sur ses conséquences.

Près de 30 % d’abstentionnistes lors du premier tour : les enquêtes préélectorales semblent indiquer que l’élection présidentielle de 2022 intéresse moins que les précédentes. L’abstention pourrait dépasser le record enregistré en 2002, quand 28 % des électeurs n’étaient pas allés voter. Pour Jean-Yves Dormagen, spécialiste de la sociologie électorale et de l’abstention, le phénomène constitue un enjeu démocratique majeur, aux ramifications multiples et complexes.

Comment expliquer cet essor de l’abstention ?

Jean-Yves Dormagen : Les raisons en sont nombreuses. Elles tiennent au contexte, d’abord : cette année, la campagne -présidentielle est d’assez faible intensité et moins médiatisée que les précédentes, principalement du fait des événements tragiques qui ont lieu en Ukraine. Or les électeurs ont besoin de cette intensité électorale, qui passe en grande partie par les journaux télévisés, des médias très importants pour toucher les électeurs les moins informés et les moins politisés. À cela s’ajoute la longue mise entre parenthèses de la vie politique provoquée par la pandémie de covid-19, responsable d’une certaine dépolitisation.

L’abstention est aussi liée à l’offre et au scénario de campagne. Emmanuel Macron a longtemps été présenté comme non seulement inéluctablement présent au second tour mais, qui plus est, inexorablement élu président de la République, quels que soient les scénarios. Des anticipations qui contribuent à rendre l’élection moins intéressante, moins intense : à partir du moment où elle semble jouée d’avance, elle se révèle moins mobilisatrice, particulièrement pour des électorats qui souhaiteraient, au contraire, une alternance politique. En ce qui concerne la gauche, jusqu’à il y a quelques semaines, les instituts de sondage ne donnaient aucun candidat en position de se qualifier pour le second tour, ce qui peut également induire une démobilisation. Les études montrent d’ailleurs aujourd’hui que les électeurs de gauche sont un peu moins mobilisés que les autres.

Ne peut-on pas y voir également le signe d’une défiance croissante des Français envers les politiques ?

C’est un élément qui joue aussi, sans doute. Cette défiance existe et elle n’est pas nouvelle : l’abstention peut avoir une dimension protestataire, avec des électeurs qui manifestent, par leur non-vote, leur rejet du système. Mais elle concerne une part minoritaire des abstentionnistes, il ne faut pas la surestimer.

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