La chute du domino nord-irlandais

Les élections locales du 5 mai au Royaume-Uni ont vu la victoire historique du Sinn Féin en Irlande du Nord.

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Historique : l’adjectif est presque faible pour qualifier le résultat des élections locales du jeudi 5 mai au Royaume-Uni. Le Parti conservateur du Premier ministre, Boris Johnson, y perd des centaines d’élu·es. Mais ce revers ne serait que petite bière politique s’il n’avait acté la victoire du Sinn Féin en Irlande du Nord (27 député·es). Pour la première fois depuis 1921 et la création par Londres de cette province protestante alors largement rattachiste au Royaume-Uni, les unionistes (DUP, 25 député·es) vont céder la tête du gouvernement au Sinn Féin, dont la vice-présidente, Michelle O’Neill, doit devenir Première ministre. Un parti, catholique et héritier de la branche politique de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), qui veut un référendum sur la réunification de l’Irlande sous cinq ans. Un cataclysme politique et psychologique en vue, si les nationalistes devaient l’emporter.

Certes, la réunification n’est souhaitée que par un tiers de la province. Pour le moment. Car l’idée a de quoi fermenter, alimentée par l’inconséquence du DUP ainsi que par… le Brexit. C’est le casse-tête nord-irlandais qui a retardé ad libitum l’accord avec l’Union européenne : où placer la frontière douanière ? Surtout pas sur l’île, au risque de rallumer la guerre civile entre le Nord et le Sud. Elle passe donc en mer, au large de l’Irlande du Nord. Colère des unionistes, qui en représailles ont lâché la majorité de Boris Johnson. Mais le DUP ne portait pas d’alternative crédible, alors que la province a rejeté le Brexit par 56 % des voix. Depuis, les échanges commerciaux avec l’Irlande ont augmenté, conséquence des complications douanières.

Et le DUP continue à jouer des coups perdants : il veut désormais bloquer la constitution du nouveau gouvernement local, refusant de pourvoir le poste de vice-Premier·ère ministre, qui revient de droit à celui des deux partis, unioniste ou nationaliste, arrivé derrière l’autre (1). À moins que Londres revienne sur l’accord du Brexit ! Une boîte de Pandore, que même Boris Johnson n’est pas disposé à rouvrir. Un Johnson mal en point : les effets économiques négatifs du Brexit se font sentir et il est sur la sellette depuis la révélation de fêtes organisées dans ses locaux pendant le confinement. Et comment pourrait-il (s’il est encore là…) frustrer le Sinn Féin d’un référendum sur la réunification de l’Irlande ? En Écosse, le parti indépendantiste au pouvoir doit se délecter : Londres serait à court d’arguments pour refuser à Édimbourg la même ouverture. Alors que l’opinion écossaise, encore plus pro-Union européenne que celle d’Irlande du Nord, est proche d’un « oui » majoritaire à l’indépendance, les conséquences de la chute du domino nord-irlandais s’annoncent vertigineuses.

(1) Une disposition clé de l’accord du Vendredi saint de 1998 qui a mis fin à la guerre civile en Irlande du Nord.


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