Les casseroles de la Macronie

Sur 556 candidat·es investi·es par le parti d'Emmanuel Macron, une centaine trainent des affaires ou prises de position gênantes.

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Le renouveau et l’exemplarité revendiqués par le parti présidentiel depuis sa création et ses alliés d’Ensemble ! ne seront pas de mise pour les prochaines législatives. La coalition a officiellement investi 556 candidats pour les scrutins des 12 et 19 juin prochains, laissant tactiquement vacantes une vingtaine de circonscriptions. À l’image de la cinquième de l’Ain, cédée à Damien Abad, accusé de viol par deux femmes. Le nouveau ministre n’est pas le seul membre du gouvernement à postuler malgré des démêlés judiciaires. Parmi les autres candidatures : celle de Gérald Darmanin, mais aussi d’Olivier Dussopt, ministre du Travail, actuellement visé par une enquête du parquet national financier pour corruption et prise illégale d’intérêts.

Derrière la médiatisation des affaires Peyrat et Solère, qui ont dû renoncer après les polémiques autour de la condamnation du premier et des mises en examen du second, bien d’autres casseroles sont traînées, mais avec moins de résonances médiatiques. Conflits d’intérêts, fraudes, positions sexistes, homophobes et racistes, accointances avec des régimes autoritaires… Une centaine de candidats cochent au moins une case de ce triste palmarès, principalement parmi les 277 députés sortants. Soupçonnés ou condamnés, ils n’en ont pas moins été investis par la Macronie sous la supervision d’Emmanuel Macron. Les informations les concernant n’ont tout de même pas toutes pu se perdre, comme les signalements visant Damien Abad. Parues dans la presse régionale et nationale, elles restent disponibles pour chacun en quelques clics.

Un dernier critère n’a visiblement pas été retenu pour l’évaluation des profils : l’activité parlementaire des sortants. D’après les chiffres collectés, une centaine d’entre eux se montrent frileux à l’idée d’occuper les bancs de l’institution, d’intervenir en commission ou d’émettre des propositions de loi.


Thierry Benoît

6e circonscription d’Ille-et-Vilaine

De la « sécurité » et de « nouveaux droits » pour les personnes homosexuelles ? Bien sûr. Jusqu’au mariage pour tous ? Certainement pas. En 2012, quand il faut se prononcer pour donner les mêmes perspectives de vie à chacun, Thierry Benoît vote contre. Il y est farouchement opposé. Au point de dégainer la carte des « pertes de repères » qui ouvrirait la voie à « la polygamie ». Cet ex-UDI se prononce même en faveur de la légalisation du seul mariage religieux, sans besoin de s’unir en mairie. En bon soldat de centre droit, Thierry Benoît est aussi l’un des porte-voix du patronat au Palais-Bourbon. En 2017, Geoffroy Roux de Bézieux, alors vice-président du Medef, et François Asselin, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises, fournissent clé en main une série d’amendements aux députés pour défendre leurs intérêts lors du vote du budget 2018. Avec des élus LR, Thierry Benoît s’empresse de les relayer dans l’Hémicycle.

André Villiers

2e circonscription de l’Yonne

Ancien sénateur, maire, conseiller général et départemental, André Villiers est élu député de la 2e circonscription de l’Yonne en 2017. Cinq ans plus tard, cet ancien agriculteur préfère quitter l’UDI pour rejoindre Horizons, le parti lancé par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe. En tant qu’élu, il s’illustre à l’Assemblée par des positions réactionnaires, votant contre la proposition de loi relative à la bioéthique, qui devait élargir le droit à la PMA à toutes les femmes, et contre la proposition de loi pour la confiance dans la vie politique. Mais, surtout, il entretient une proximité assumée avec les dirigeants du régime autoritaire azerbaïdjanais. Membre actif de l’association des amis de l’Azerbaïdjan, il y voyage régulièrement, n’hésite pas à défendre le pouvoir en place et a même témoigné en sa faveur dans une procédure en diffamation lancée contre deux journalistes français qui avaient qualifié le régime de dictature.

Sandrine Josso

7e circonscription de la Loire-Atlantique

Candidate sortante, Sandrine Josso figure parmi les dernières officiellement investies. La députée Modem n’a pas attendu le résultat des délibérations au niveau national pour lancer sa campagne. À défaut de soutiens locaux. Parmi les militants de sa circonscription, beaucoup lui préféraient le candidat d’Horizons, Xavier Fournier. Car, contrairement à elle, celui-ci ne doit affronter aucune affaire devant la justice. Après plusieurs renvois devant les juges, Sandrine Josso, accusée d’abus de confiance, attend une décision du tribunal de Saint-Nazaire le 31 mai. Son attachée parlementaire a porté plainte après avoir contracté pour elle un prêt à la consommation de 10 500 euros en 2018. La somme était destinée à payer des retards de loyer pour sa permanence d’élue et son appartement parisien. Une somme que la députée n’a toujours pas fini de rembourser malgré ses engagements.

Buon Tan

9e circonscription de Paris

L’investiture de Buon Tan, candidat sortant, a de quoi interpeller. Le député est accusé par le Conseil représentatif des associations asiatiques de France de détournement de fonds, à l’époque où il en était le président. Décrit comme un « homme très controversé dans la communauté asiatique, qui n’a honte de rien » par une ancienne collaboratrice, Buon Tan dément ces accusations et la plainte est classée sans suite. Le candidat investi par Ensemble ! est aussi connu pour sa grande proximité avec Pékin. Selon Le Point, Buon Tan serait un membre non déclaré du conseil exécutif de l’Association pour l’amitié des Chinois de l’étranger, créée par le Parti communiste chinois. Il est aussi le seul député à avoir voté contre la résolution visant à reconnaître le génocide des Ouïgours, laissant peu de place au doute quant à ses accointances avec le régime de Xi Jinping. Une investiture surprenante, surtout au regard de l’européisme revendiqué d’Emmanuel Macron.

Claire Pitollat

2e circonscription des Bouches-du-Rhône

Claire Pitollat aurait pu être le parfait exemple du renouveau politique promis par Emmanuel Macron. Jeune et issue de la société civile, cette ingénieure diplômée de l’Institut supérieur de l’aéronautique de Toulouse s’engage pour la première fois en politique aux côtés de LREM en 2016. Un an plus tard, elle devient députée de la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône. Après son élection, elle adopte pourtant des pratiques de l’ancien monde. Marsactu révèle que la députée aurait facturé des dépenses personnelles à l’Assemblée. Pire, elle aurait harcelé et humilié nombre de ses collaborateurs, poussant trois d’entre eux à l’arrêt maladie. Pas moins de 19 assistants parlementaires se succèdent à ses côtés en cinq années de mandat. « On était ses machines, ses esclaves », raconte l’une d’entre eux à Marsactu. Pour couronner le tout, Claire Pitollat fait partie des 150 élus les moins actifs du Palais-Bourbon, selon NosDeputes.fr.


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