Le sermon d’hypocrites

Dans le JDD, les dirigeants de TotalEnergies, d’EDF et d’Engie appellent les Français à consommer moins.

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Les dirigeants de TotalEnergies, d’EDF et d’Engie osent tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. Dans une tribune commune, publiée dans les colonnes du Journal du dimanche, les pieds nickelés de l’énergie ont donc mandaté leurs hordes de communicants respectifs. Objectif ? Appeler les Français à consommer moins de carburant, mais également de gaz et d’électricité pour endiguer un risque de pénurie et contenir une flambée des prix menaçant « la cohésion sociale ». L’injonction de Catherine MacGregor (Engie), Jean-Bernard Lévy (EDF) et Patrick Pouyanné (TotalEnergies) est même pressante : « L’effort doit être immédiat, collectif et massif. Chaque geste compte. »

L’affaire, reconnaissons-le, est d’importance puisqu’il s’agit d’assurer l’approvisionnement pour l’hiver prochain. Culpabiliser ainsi les individus, c’est oublier bien vite les raisons qui nous ont conduits à vivre à partir du mois de novembre sous la menace de black-out plus ou moins localisés. La vétusté du parc nucléaire français, pourtant connue de longue date, n’a pas été anticipée. La moitié des réacteurs sont à l’arrêt pour de longs mois, dont 12 pour des problèmes de corrosion. Les capacités hydrauliques ont été amputées du fait même de la crise climatique – le cycle de l’eau est bouleversé – provoquée par l’extraction des énergies fossiles. Des hydrocarbures dont TotalEnergies continue de se gaver en dividendes. Ses actionnaires ont ainsi été gratifiés de 8 milliards d’euros en 2021. Quant au développement des renouvelables, si ces trois entreprises investissent fortement dans l’éolien, le photovoltaïque, l’hydrogène vert ou la géothermie, elles n’ont pas encore transformé leur modèle économique. Cette décarbonation, elles le savent pourtant bien, constitue leur horizon indépassable.

En appeler aux particuliers, c’est oublier qu’ils ne consomment que 40 % de l’énergie. Le reste étant happé par l’industrie, les services, le transport, etc. C’est omettre, surtout, que la situation actuelle n’a rien de conjoncturelle. La sobriété énergétique n’est pas un choix de société mais un impératif qui s’impose à nous de plus en plus rapidement. Outre l’urgence climatique déjà perceptible, les énergies fossiles seront de plus en plus rares à l’avenir. Et les substituts tardent à se déployer massivement, faute d’investissement, mais surtout de volonté politique. C’est ce que rappelle depuis deux ans la note aux décideurs publiée en prologue du rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie. Une instance qui fut longtemps un temple du productivisme extractif.

Enfin, ce n’était pas à trois groupes privés de porter cette parole, mais bien à l’État qui, en pleine déliquescence post-électorale, reste aussi muet qu’inactif.


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