Étienne Balibar : « Le global et le local ne sont pas séparables »

Le philosophe Étienne Balibar montre que la politique, sous l’effet de la mondialisation, est devenue une « cosmopolitique », ce qui modifie de fait l’institution frontalière.

L’épineuse question des frontières demeure l’un des points centraux du politique, quand l’évolution actuelle du monde tendrait à plaider pour leur dépassement, sinon leur déplacement, qu’il s’agisse des frontières climatiques ou d’une conception globale de l’espèce humaine. Il est nécessaire de mettre à profit la philosophie politique pour mieux décrypter cette évolution vers une « cosmopolitique », ou politique globale, désormais indissociable de la politique telle que nous la concevons depuis l’Antiquité.

Philosophe d’influence marxiste, Étienne Balibar a été formé à l’École normale supérieure par Louis Althusser dans les années 1960. Il a secondé ce dernier (avec ses camarades étudiants en philo Jacques Rancière, Pierre Macherey et Roger Establet) dans l’élaboration de Lire Le Capital (Maspero, 1965), ouvrage majeur de renouveau de la pensée marxiste. La question de l’internationalisme y tenait une place importante. Mais cet « internationalisme militant » est aujourd’hui doté d’une « dimension » cosmo-politique.

Étienne Balibar vient de publier le troisième tome de ses Écrits, rassemblant divers textes et interventions dans lesquels il analyse les bouleversements dans l’approche contemporaine des problèmes politiques. Où il apparaît que la fonction des frontières se trouve sinon dépassée, du moins profondément modifiée, ce qui marque une rupture avec les approches traditionnelles de politiques jadis conçues dans des entités nationales strictement délimitées.

Avec la mondialisation et la pandémie de covid-19, diriez-vous que les frontières sont toujours efficaces ?

Étienne Balibar : Cette question interroge ce que l’on entend précisément par frontières. Et de quelles frontières on parle. Bien entendu, le sens courant du mot renvoie aux frontières nationales, codifiées par le droit international et inscrites sur les cartes. Elles jouent évidemment un rôle fondamental dans toutes sortes de processus. Mais elles ont toujours une double fonction.

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