Dossier : Bifurquer : ces jeunes qui sautent le pas

Les diplômés des grandes écoles se rebiffent

Appels à « déserter », à amorcer un « virage radical »… Les cérémonies de remise des diplômes sont devenues des tribunes politiques investies par les étudiants.

À l’époque, c’est déjà un buzz. Nous sommes le 30 novembre 2018. Futurs diplômés, parents, familles, anciens élèves, professeurs, institutionnels et industriels sont réunis pour la cérémonie de remise des diplômes de l’École centrale de Nantes. Parmi les tout juste diplômés, Clément Choisne, 24 ans. Lunettes rondes, nœud papillon et moustache chevron, le jeune ingénieur fait face à l’auditoire. « Comme bon nombre de mes camarades, alors que la situation climatique et les inégalités de notre société ne cessent de s’aggraver, que le Giec pleure et que les êtres se meurent, je suis perdu. Incapable de me reconnaître dans la promesse d’une vie de cadre supérieur en rouage essentiel d’un système capitaliste de surconsommation. »

Clément Choisne invite les ingénieurs à retrouver « l’éthique », « pour ne pas perpétuer les erreurs du passé et du sacro-saint progrès qui devrait et pourrait toujours nous sauver ». Il rappelle que les ingénieurs sont « les géniteurs de l’obsolescence programmée ». Et met en cause une école « à la traîne », qui tisse des partenariats avec « de grands groupes industriels à fort impact carbone », qui n’a aucun mal à amputer le budget du bureau du développement durable, mais qui peine à intégrer les termes de « sobriété » et de « décroissance » dans ses programmes. « Je m’interroge sur le monde et le système que nous soutenons. Je doute et je m’écarte. »

Effervescence

Depuis, les discours de jeunes diplômés de grandes écoles appelant à un sursaut écologique face à l’urgence climatique se sont multipliés. À Polytechnique, cette fois dans l’Essonne, durant la cérémonie des 24 et 25 juin derniers, plusieurs diplômés ont invité étudiants et anciens à « amorcer un virage radical », à « sortir des sentiers battus » et à « construire un avenir différent de celui qui semble tout tracé aujourd’hui ». « Il est urgent de sortir des rails sur lesquels nous installent insidieusement notre diplôme et notre réseau […]. Car tenter de résoudre à la marge des problèmes sans jamais remettre en cause les postulats mêmes du système dans lequel nous vivons ne suffira pas. »

« Il est urgent de sortir des rails sur lesquels nous installe insidieusement notre diplôme. »

Deux semaines plus tôt, à Toulouse, les étudiants de l’École nationale supérieure agronomique de Toulouse (Ensat) se sont eux aussi soulevés contre l’idée qu’un ingénieur puisse « changer les choses de l’intérieur au sein d’une entreprise ultralibérale dont l’unique boussole […] est la recherche du profit […]. Nous refusons d’accepter un emploi accommodant par ses avantages, en nous rassurant sur le fait que les pratiques de cette entreprise sont bien meilleures qu’il y a dix ans ». Ils invitent à « avoir le courage de marcher là où il n’y a pas de chemin », à chercher, à questionner et à ne jamais cesser de prendre du recul.

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