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Publié le 4 juin 2008

Rocard et les ménages

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C'est fou ce que je reçois comme mails à Politis . Des importants et des n'importe quoi. Je ne sais pas où les boîtes de comm' on trouvé mon adresse mais elles l'ont.

La semaine dernière j'ai reçu de l'une d'entre elles un très long communiqué de presse pour des sextoys à l'occasion de la sortie de Sex & The City au ciné. Un long "CP", comme on dit en jargon, du genre de ceux qui alimentent les pages conso des news de Elle au Nouvel Obs , puisque ces bons communiquants fournissent textes et visuels gratos. Z'ont juste ignoré que Politis ne mange pas de ce pain là.

Un produit nommé Rocard

Hier matin, surprise, je découvre un mail de l'agence Citeasen annonçant à la communauté journalistique que «Michel Rocard a décidé de confier la gestion de ses interventions» à l'un de ses consultants en communication politique, Daniel Reyt.
Le communiqué (voir l'intégralité en téléchargement au bas de ce post) est drôlement rédigé. Il présente l'homme politique Rocard, l'ancien Premier ministre, comme un produit: «Figure toujours incontournable de la scène politique française (...) Michel Rocard est toujours aussi impliqué dans la vie politique française et européenne. » Des fois qu'on l'imaginerait à la retraite, sucrant les fraises...

«Il a acquis une expérience dont peu d'hommes politiques peuvent se prévaloir et qui font de lui une figure marquante et écoutée.» Ecoutée, c'est vite dit, et puis de vous à moi, c'est pas forcément souhaitable surtout quand il est «partie prenante dans les débats au sein du PS» . Mais bon, il faut bien que Citeasen vende son nouveau produit. S'ensuit une liste de sujets (Affaires étrangères, Europe, économie, développement durable...) sur lesquels, nous dit le CP, «Michel Rocard met son expertise et son expérience à disposition de différents auditoires, dans le cadre des débats et conférences auxquels il participe» . La liste des sujets n'est pas close et le tout nouveau site internet auquel le communiqué nous renvoie y ajoute d'ailleurs la technologie et l'informatique, la politique et la défense tout en précisant que «ces thèmes sont indicatifs» et que le conférencier «peut intervenir sur d'autres sujets» . A quelles conditions?

«Les hommes politiques comme les journalistes font des ménages.»

C'est ce que j'ai voulu savoir en appelant son agent, puisque c'est de cela qu'il s'agit. Heureux de constater que son communiqué suscite ma curiosité, Daniel Reyt est affable. Raconte comment il a «découvert» que Michel Rocard «bougeait beaucoup» et «faisait beaucoup d'interventions auprès de groupements d'entreprise, d'institutions et d'associations d'anciens élèves» . Mais il n'était «pas organisé» . C'est là que Daniel Reyt explique avoir proposé ses services. Une démarche courante, selon lui, qui ne peut qu'être profitable à son client: «Il va peut être se faire un plus payer qu'il ne le fait aujourd'hui» , lâche-t-il.

Devant mon étonnement, le gestionnaire en interventions me confie, comme pour me déniaiser, que «les hommes politiques font des ménages comme les journalistes font des ménages». Je tombe des nues. Pour les journalistes, je savais. La pratique, très contestée dans la profession, consiste à animer des réunions d'entreprises ou accompagner la sortie d'un produit moyennant finances. Cela va de quelques centaines d'euros pour un journaliste sans grande notoriété à plusieurs milliers d'euros pour les plus connus. Gagnés en quelques heures! Un autre monde, comme on dit dans les milieux populaires. Alors, les politiques... Moi qui les croyais encore uniquement mus par la volonté de convaincre! Je vais les voir différemment.

S'agissant de Michel Rocard, mon interlocuteur me confirme que cette nouvelle organisation est une façon de se «préparer une retraite active de conférencier» . On renouvelle l'an prochain le parlement européen et l'ancien Premier ministre, 78 ans, ne rempilera pas. Mais s'il est «en fin de course» , il a aussi l'image d'un «vieux sage» . D'ailleurs, «socialiste atypique» , il est «très souvent sollicité par les fédérations patronales» , m'assure-t-il.

Ce doit être à ça que l'on reconnaît un «socialiste moderne» qui a compris que «le monde a changé»...



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