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Publié le 14 novembre 2008

Le congrès de Reims (épisode 1)

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C'est parti! Du Parc expo, où je suis pour le week-end, je vous enverrai en bref les meilleurs moments du grand théâtre socialiste. Tragédie, drame ou comédie? Je vous laisse juge.
15h10. Dans le hall d'entrée, Gérard Filoche «ne comprend pas le départ de Mélenchon et Dolez» .
«Partir en pleine bataille ne s'explique pas» , déclare le célèbre inspecteur du travail, qui «espère un accord Hamon-Aubry» au micro de ma collègue de LCP. Il y a bien eu ce matin un petit déjeuner entre des représentants de Delanoë, Aubry et Hamon, à la questure de l'Assemblée nationale, mais Filoche n'en connaît pas le résultat. «Ça avance» , me glisse mystérieusement le député de Paris Jean-Christophe Cambadélis (pro-Aubry), premier attablé des délégués de la fédération de Paris.

16h15. La présidente de séance, qui avait oublié de déclarer solennellement ouvert le 75e congrès du parti socialiste, répare son oubli. Mais était-ce bien un oubli? Jean-Paul Bachy, le président de la région Champagne-Ardennes qui vient de saluer les congressistes à la tribune a été exclu du PS pour s'être présenté en dissident aux législatives en 2007 (il avait obtenu 24,6% contre 2,5% en faveur de la candidate soutenue par le PS).

16h25. Adeline Hazan, maire de Reims depuis mars 2008, proche de Mme Aubry: «Si nous devons couronner quelque chose ou quelqu'un, eh bien couronnons notre parti!»

16h35. Dominique Lefebvre, secrétaire fédéral du Val d'Oise, premier délégué à intervenir à la tribune entre dans le vif du sujet. Partisan de Delanoë, il est admet «rester modeste sur le résultat de [sa] motion» mais est aussi modeste pour les autres: «Personne n'a la majorité» , lance-t-il, avant d'inviter «la motion arrivée en tête» à rassembler MAIS «sur une base claire» . Et c'est ce MAIS qui compte même si, bien sûr, M. Lefebvre assure que les Delanoïstes sont «disponibles pour un rassemblement sans exclusives» .

17h35. Dominique Bertinotti, cheftaine des royalistes parisiens cite Gramnsci en conclusion de son intervention: «Il y a crise quand l'ancien ne parvient pas mourrir et que le nouveau n'arrive pas à naître.»

17h37. Germinal Peiro évoque les émeutes de la faim. Dans la salle, l'émeute est du côté des photographes et camarémen: Ségolène Royal fait son entrée dans le chaudron du congrès.

17h40. «Le Pôle écologique est la vraie nouveauté de ce congrès» , vante Eric Loiselet, l'un de ses intiateurs. «Nous faisons plus que le score cumulé de Jean-Luc Mélenchon et Marie-Noëlle Lienemann au congrès de Rennes de sinistre mémoire» , se félicite-t-il. C'était bien la peine puisque, indique-t-il, le Pôle, pour «être utile» , a fait le «choix de responsabilité» de rejoindre la motion de Ségolène Royal, même si «pour certains cela a coûté» , précise-t-il. Combien de délégués et de militants refuseront ce coût mortifère? C'est LA question.

17h50. Malek Boutih (pro-Royal) fait un long développement sur Obama. Normal, une équipe de France 2 le suit depuis plusieurs jours pour l'émission Complément d'enquête de lundi prochain qui traitera justement des répercussions de cette élection en France. Il conclut tout de même: «L'unité, l'unité, l'unité. Voilà ce qui doit être le programme du PS!» Oui, mais sur quoi?

18h27. François Hollande monopolise la tribune du congrès depuis déjà près d'une demi heure quand il répond, sans le nommer, à l'ancien président de SoS-Racisme: «L'unité des socialistes, je n'en fais pas une figure rhétorique. Je ne connais personne qui est pour la division.» Le Premier secrétaire fait la leçon pour son dernier grand discours (il parlera 42'30 mn), assure qu' «un parti ne peut pas être dans le tous pour ou le tous contre mais doit être dans le tous ensemble» ; ne comprend pas où passe la frontière entre «le vieux parti» et le nouveau. Son dernier mot? «Unité.»

18h50. Pendant qu'à la tribune Guillaume Bachelay défend la nécessité d'augmenter le Smic pour tirer les salaires vers le haut, Ségolène Royal, à sa table de déléguée est en grande discussion avec Manuel Valls.

19h01. «Serions-nous condamnés par le jeu de massacre des egos à rester aux portes du pouvoir?» interroge un certain Pascla Terrasse, dernier intervenant de cette plénière qui veut «appeler à se rassembler tous le socialistes mais aussi, comme nous le faisons dans nos collectivités locales, tous les démocrates» . L'envie de draguer le MoDem n'a pas disparu.

19h10. L'heure est maintenant aux assemblées générales de motion. Chacun se retrouve sous une tente à l'écart des autres. Entre soi. Les discussions sérieuses commencent. A huis-clos.

Ségolène Royal est bien candidate

Dans la soirée. J'apprends que Franck Pupunat a pris la parole au début de l'AG de la motion C (Hamon) pour annoncer qu'Utopia (motion F, 1,24%) avait finalisé un accord politique avec cette dernière. Au terme de celui-ci, la motion C devrait intégrer quelques points défendus par Utopia, dont la régularisation de tous les sans-papiers; la question du nucléaire serait mise pour la première fois en débat. Aux congrès précédents de Dijon et du Mans, Utopia avait passé accord avec François Hollande. Même si c'était pour conserver une représentation minimale au conseil national et gagner ainsi le droit de présenter une motion au congrès suivant, ce changement d'alliance traduit le nouvel «élan social» de ce courant écologiste et altermondialiste, le seul à vouloir dépasser le capitalisme. Avec cet apport, Benoît Hamon passe la barre des 20%. La majorité se rapproche...

La journée aura surtout été un tour de chauffe. C'est sous les tentes des AG de motion que s'est concocté la suite. Enfin, la motion E avait le droit de se réunir dans du dur, la salle plénière. Un signe? C'est là que la situation s'est clarifiée en premier. A l'issue de cette réunion, Manuel Valls, l'homme qui est pour le travail le dimanche, a annoncé que les délégués départementaux de cette motion avait voté pour que Ségolène Royal soit candidate sur son nom. La démocratie participative nous réserve décidemment de drôles de surprises. L'ancienne candidate à l'Elysée fera candidature commune avec l'un des plus proches lieutenants, le député européen Vincent Peillon, qui sera appelé, si elle est élue par les militants jeudi prochain, à devenir «premier secrétaire délégué».

La réplique ne s'est pas fait attendre. «Les trois motions» - de Bertrand Delanoë, de Martine Aubry et de Benoît Hamon - «sont d'accord pour discuter ensemble pour voir s'ils peuvent avoir un texte ensemble et s'il peut y avoir un dispositif humain ensemble» , a déclaré Jean-Christophe Cambadélis. L'intention est là, mais pas encore le texte et pour cause: que peuvent dirent en commun sur l'Europe Benoît Hamon, hostile au traité de Lisbonne comme il l'avait été face au TCE, et Bertrand Delanoë qui déclarait le 25 juin qu'il ne laisserait «pas tomber l'Europe pour le socialisme» ?. Quant au dispositif humain, son nom est encore au frigo car Bertrand Delanoë et ses partisans ont décidé de leur côté de ne soutenir ni Benoît Hamon ni Martine Aubry comme candidat au poste de premier secrétaire, a fait savoir Michel Sapin. Là ça se complique. La tension dramatique promet déjà d'être à son apogée demain.


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