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Publié le 23 mai 2009

« Enter the Void » de Gaspar Noé ; « The Time that remains » d'Elia Suleiman

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Le festival touche à sa fin.  Je suis encore avide de films, mais ceux que j'ai vus ces deux derniers jours me laissent pour la plupart atone. Deux films, tout de même, sortent du lot, tout en se situant aux antipodes l’un de l’autre : Enter the Void , de Gaspar Noé et The Time that remains , d’Elia Suleiman.

Je serai ultra-rapide sur Enter the Void, qui, lui, est interminable : 2h45. Le titre français est ainsi annoncé : « Soudain le vide » . Quelle lucidité ! Rarement vu un film aussi bête. Je crois même que sa seule réussite consiste à avoir mené à bien une certaine radicalisation de la stupidité. Il faudrait montrer en quoi, après Irréversible , du même Noé, déjà à Cannes il y a quelques années, Enter the Void* , sous des atours pseudo-modernes, déroule la même platitude cinématographique, et les mêmes phobies anti-drogues, anti-sexe, ou anti-marginalités. Mais ce serait lui faire trop d’honneur. Sa sélection dans la compétition officielle (sous les couleurs françaises) lui donne déjà une immense légitimité. Affligeant.

Quant au film d’Elia Suleiman, j’en attendais beaucoup, après Intervention divine à Cannes en 2002. Pas déçu. Suis même très enthousiaste.

Illustration - « Enter the Void » de Gaspar Noé ; « The Time that remains » d'Elia Suleiman

Dans The Time that remains , Elia Suleiman raconte son histoire familiale, dessine sa généalogie : celles d’Arabes de Palestine qui, en 1948, se sont retrouvés sur le territoire israélien parce qu’habitant Nazareth. Ils ont été ainsi englobés dans l’État naissant dont l’armée repoussait les frontières le plus loin possible. « Où suis-je ? » est la question inaugurale du film. De ce point de vue The Time that remains est une première : la fiction ne s’était jamais penchée de cette manière sur le difficile destin des Arabes israéliens.

Le cinéaste a découpé son film en quatre volets historiques : 1948, 1970, les années 1980, et aujourd’hui. Mais on est loin de l’épopée ou de la grande fresque, comme l’était par exemple la Porte du soleil de Youri Nasrallah. On retrouve ici la manière Suleiman : le traitement est stylisé et l’évocation privilégiée par rapport à la reconstitution réaliste. Le récit avance par courtes séquences, qui peuvent prendre des allures de tableaux, dont la portée métaphorique est évidente. Mais Elia Suleiman ne tombe jamais dans la démonstration. Il préfère débusquer le burlesque de chaque situation, même quand celle-ci est tragique. En homme qui possède un éminent sens graphique, il rassemble en quelques plans incisifs, comme un dessinateur le ferait dans un croquis, l’image qui fait mouche. Celle, simplissime mais ô combien puissante, du saut du mur à la perche n’est pas la moins saisissante.

Mais le plus émouvant, c’est qu’Elia Suleiman signe ici son film le plus politique tout en faisant un film d’amour pour ses parents. C’est, par exemple, en 1948, la manière dont il raconte le courage de son père, qui résiste malgré des moyens dérisoires face à l’avancée de l’armée sioniste, tout en montrant que les Palestiniens qui s’exilent le font sous la pression, qu’il ne s’agit pas pour eux d’un exode choisi, contrairement à ce que la vulgate israélienne n’a cessé de répéter. Les larmes du trio familial, y compris du jeune fils, lors des obsèques de Nasser en 1970, sont aussi significatives de la grande proximité qui existe entre les parents et l’enfant, et de la façon dont la transmission s’opère.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le cinéaste, qui interprète son propre rôle une fois le fils parvenu à l’âge adulte, se tient muet de bout en bout, qu’il soit dans la chambre d’hôpital de sa vieille mère ou de passage à Ramallah. Là où la tendresse passe par le regard posé sur sa mère, les paroles sont superflues. De même que tout discours face au grotesque des situations douloureuses vécues par les Palestiniens. The Time that remains sort en salle le 28 octobre. On en reparlera.


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