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Publié le 10 décembre 2010

Cancun: dans le fond, le changement climatique, tout le monde s'en fout...

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L’écoute lancinante de toutes les interventions de la conférence plénière de Cancun, y compris celle de Nathalie Kosciusko-Morizet qui ressemblait à un rapport de gendarmerie de 5 minutes et 3 secondes, semble prouver que, le changement climatique, dans le fond, ici, dans cette « capitale » du tourisme clinquant, tout le monde s’en fout. Une exception notable : le discours de 12 minutes du représentant de Haïti qui a su mélanger les faits et l’émotion en sortant des formules convenues alors que notre ministre et d’autres ont tous débité les mêmes banalités.

Cette indifférence mal dissimulée face aux dangers courus par la planète que chacun se croit obligé de rappeler dans une lingua climatica obsédante, montre bien à quel point une petite partie du monde se s’intéresse pas à l’immense reste de la planète. Les Etats Unis, ne parlent même plus, le Japon savonnent toutes les planches de salut et les Russe font de la figuration même pas intelligente en répétant qu’ils sont heureux que la Sibérie puisse se réchauffer. Tout le monde s’ennuie en attendant le déluge. Il n’y a guère qu’Evo Morales pour affirmer que « ou bien le capitalisme dépérira ou Madre Tierra mourra » ; en ajoutant : « la lutte pour un environnement sain et contre la dégradation du climat devra être le socialisme du XXI éme siècle ».Ce qui n’émeut plus grand monde une fois les applaudissements terminés...

Le changement climatique, qu’il soit dérèglement ou réchauffement, presque tout le monde s’en fout. Sauf bien sur les ours blancs qui crèvent sur ce qui leur reste de banquises à la dérive, sauf les Mayas du Yucatan qui attendent de plus en plus souvent, comme d’autres peuples paysans, la pluie qui leur permettait autrefois de belles récoltes pour vivre, sauf les habitants des petites iles-Etat comme Vanuatu, Salomon, de Kiribati ou même des Maldives qui vont bientôt ne plus savoir où aller ; sauf les peuples du Tchad qui ont vu leur grand lac se réduire des deux tiers en 15 ans et perdre ses poissons, sauf les populations du Darfour qui se disputent ce qui leur reste de terres pas encore englouties par le sable du désert, sauf les habitants du Sahel qui peinent à nourrir leurs troupeaux parce que les pâturages disparaissent et sauf les peuples africains, asiatiques ou latino-américains qui migrent vers les villes parce que leurs campagnes ne peuvent plus les nourrir. Chacun à sa guise complétera la litanie des malheurs en cours ou à venir.

Qu’importe aux grands de ce monde, si les oiseaux perdent de plus en plus souvent le nord, si les forêts disparaissent ou si des rivières s’assèchent dans certains régions de la planète alors que d’autres plient sous des ouragans de pluie, qu’importe aux faiseurs de discours convenus que la biodiversité s’effondre dans de nombreux pays du monde : comme pour les forêts, on replantera, on réintroduira ou ressèmera avec les prêts de la Banque Mondiale ou les ukases du « socialiste » qui dirige le Fonds Monétaire International, l’organisme qui transforme toutes les destructions et toutes les souffrance en argent. Qu’importe aux éternels annonceurs de promesses qui ne se réalisent jamais, si le nombre des réfugiés climatiques grossit démesurément, puisqu’ils construisent des murs en béton ou en informatique pour les contenir. Passés les mots qui ne font plus recettes, ils passent l’avenir de la planète par pertes et profits pour sauver les profits des industriels du pétrole et des pays producteurs de pétrole.

L’essentiel n’est plus de mettre fin aux dégâts, de se battre pour gagner un ou deux degrés, mais de réparer ou de s’adapter. Grâce au « business vert » qui fait la quête dans les allées du centre de conférence. Il n’est plus temps de freiner la montée des températures mais d’en tirer profit en laissant des centaines de millions de vie en route.

On me dira que je suis trop pessimiste, qu’il y a toutes les victimes potentielles, le mouvement associatif et aussi les experts.

Ouais, sans doute ou peut-être... Mais combien d’associations trop bien installées ont finalement transformé, parfois faute de pensée politique claire sur l’écologie, la lutte climatique en radeau de survie ? Quand aux experts et autres négociateurs spécialisés, la recherche interminable de solutions qui sont pourtant idéologiquement évidentes, leur permet d’exister depuis 1997...


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