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Publié le 15 janvier 2014

À quoi rimera 2014 ?

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Illustration - À quoi rimera 2014 ? - [Capture d'écran->https://charente-maritime.fr/colleges17/lf-montlieu/evaweb/spip.php?article635]

Avant que la fin du mois n’arrive, spéculons un peu sur 2014. Parce qu’elle succède à 2013 qui fut, à tous niveaux – planétaire ou individuel –, une hécatombe, on se dit qu’elle ne peut qu’être « moins pire ». Mais déjà sa terminaison ne rime avec rien, hormis la très guerrière expression « comme en quatorze ». Et on a d’emblée très peur qu’elle ne rime à rien.

Certains signes, certaines informations, laissent augurer des charybdes et des scyllas.Dans un article intitulé « Nous nous huxleyisons en un Orwell total », Cory Doctorow, journaliste à Boing Boing , dit ne pouvoir s’ôter de l’esprit qu’elle sera l’année où nous allons perdre le Web. Ce vétéran du Net sait de quoi il parle. Et voici ce qu’il en dit : « En poussant pour qu’il y ait des verrous DRM dans tous les navigateurs, le W3C  [qui définit les formats et protocoles du Web, NDLR] fait que toutes les interfaces construites en HTML5 seront totalement opaques pour l’utilisateur. Il sera illégal de détecter et de rendre publics les trous de sécurité, et le hacker qui ferait cela s’exposerait à un procès pour avoir mis au point un “système de contournement”. Ces outils seront donc pleins de trous que les rampants, nuisibles, espions, dictateurs et escrocs se feront un plaisir d’utiliser pour prendre le contrôle de votre ordinateur et vous niquer de toutes les manières possibles. » Ça fait quand même un peu peur…

De même, les récentes déclarations de Valls et de Hollande, soucieux de museler les extrémismes d’opinion ou de religion sur Internet, mais aussi de plaire aux dignitaires modérés des cultes, fichent les chocottes. L’un prétend avoir jugulé les flots d’injures raciales en mettant à contribution des intermédiaires (type Twitter et opérateurs telcos) pourtant assez inertes ; l’autre promet que son gouvernement veillera à «  éviter la tranquillité de l’anonymat qui permet de dire des choses innommables [sur Internet] sans être retrouvé  » . Mais de quel innommable parle-t-on ? De celui qui insupporte les « démocrates » ou de celui qui vaut expressément condamnation à mort en Syrie et ailleurs ? La frontière entre les deux ne cesse de varier dans le temps et l’espace. Peu importe, les voilà lancés pour la énième fois, avec des arguments toujours aussi gros que des lanternes, dans une course perdue d’avance contre l’extrême connerie. En faisant que les anonymes du Web soient tenus de décliner une identité, et en interdisant aux fans de tel ou tel excité anti-ci ou pro-ça de commenter. Pour la énième fois aussi, on sait tous que cette obsession légaliste n’impacte pas l’activité des vilains qui savent jouer avec la technique, leur pave le terrain en levant des armées d’e-fans scandalisés, et se retourne à l’occasion d’un procès contre la liberté d’expression de tous.

Mais il y a encore aussi grave. Dans un article publié sur son blog, Jean Zin se penche sur « le jeu de la guerre » , convoquant au passage les esprits d’Ernst Jünger et de Guy Debord. Il dit toute l’exaltation que procurent les insurrections populaires dès lors qu’elles prennent une certaine ampleur. L’ivresse, l’addiction même, du vouloir encore être ensemble et vivre fort. Ce qu’il résume par la phrase de Lennon : «   A working class hero is something to be » , littéralement : il est bon d’être un héros de la classe ouvrière. Sauf que cet opium collectif et ces transes fraternelles touchent aussi les droitistes qui aujourd’hui se rêvent révolutionnaires, déboulonnant le Hollandais de son trône. Ou encore l’islam radical, ou les racistes sectaires, amateurs de saucisse blanche, de poisson ou de volaille, dont je me garderai bien de citer les noms tant on dégueule de les voir partout inscrits. Et cette «   mobilisation des émotions prônée par les belles âmes , ajoute Jean Zin, est si facilement détournée par quelques habiles manipulateurs et convient beaucoup plus au patriotisme nationaliste et aux appels à la guerre   » . Avouez, ça fait très peur…

Fout carrément la frousse aussi, l’insertion dans la loi de programmation militaire d’un article 22 prévoyant que pour répondre à une attaque informatique affectant le potentiel de guerre ou économique, la sécurité ou la capacité de survie de la nation, les services de l’État puissent prescrire aux opérateurs du réseau de bloquer ou cesser tout accès : un couvre-feu électronique unique au monde !

Que l’on soit d’accord ou non avec Jean Zin sur le choix d’autres modes de construction d’un « à venir » différent, on ne peut en effet que se questionner sur ces guérillas qui favorisent toujours ou presque les adorateurs du pouvoir, fût-il macro ou micro. Elles amènent leurs adversaires à jouer, soit le coup qu’attendait le pouvoir, soit sur son territoire même et il n’a plus alors qu’à manipuler et réprimer. Pourquoi ne pas plutôt faire rimer 2014 avec l’art de la TAZ (Zone autonome temporaire), invisible et éphémère avec ses dîners et ses navets ? Ou celui du Go, qui entraîne l’adversaire dans son jeu, sans violence et sans arme, en usant seulement d’observation, d’expérience patiemment acquise et de créativité. «   Not working and not beeing a hero is something to be »…


-L’article de Cory Doctorow sur son Tumblr

-Deux articles de PC Inpact sur Valls et Twitter et sur Hollande et l’anonymat

-L’article de Jean Zin

-La loi de programmation militaire publiée le 19 décembre

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