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Publié le 25 avril 2014

Ukraine: la Crimée livrée à la pauvreté, aux mensonges et au chômage; et promise aux casinos

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Tous ceux, nombreux, qui ont trouvé normal que la Russie annexe la Crimée après avoir envoyé ses militaires (Poutine l’a publiquement avoué), tous ceux (encore plus nombreux) qui après avoir couiné plus ou moins fort, ont abandonné à leur sort la partie de la population de cette presqu’ile qui n’avait rien demandé et n’était pas d’accord, tous ceux qui comme les « Munichois » de sinistre mémoire, disaient que ce n’était pas l’affaire de la France, tous ceux là devraient se pencher sur le présent et le futur annoncé de cette désormais 84 ème Région de la Fédération de Russie. D’abord, évidemment, contrairement à ce qui était proclamé par les Russes et qui est complaisamment actuellement colporté à Slaviansk ou à Donetsk, les salaires n’ont pas été multipliés par trois. Pas plus que les retraites. Et ces derniers, comme les épargnants, attendent toujours que leurs avoirs soient, comme promis, transformés en roubles alors que personne n’accepte plus la monnaie ukrainienne. Tout simplement parce que la plupart des banques sont fermées ou en faillite. Par contre de nombreuses entreprises ont fermé leurs portes « pour réorganisation ». Ainsi que des magasins qui ont perdu en quelques semaines la clientèle des militaires ukrainiens et de leurs familles et de tous ceux qui ont fui les Russes. De toutes façon, de nombreux produits, y compris alimentaires, manquent ou sont devenus trop chers. Quant aux militaires russes, pas de problème, ils se fournissent toujours essentiellement dans les centres d’approvisionnement de leurs deux bases, produits qu’ils revendent de plus en plus souvent sur les marchés. Les seuls produits facilement et gratuitement disponibles sont les passeports russes. Bien que l’engouement des premiers jours se soit tari et que les jeunes les aient boudés.

Alors que le coût de cette « prise de guerre » est évalué à cinq ou six milliards d’euros par le Kremlin, les autorités russes proposent tout simplement de transformer la péninsule en une immense salle de jeu. La suggestion, reprise par Poutine, provient de quelques parlementaires de la Douma (parlement russe) connus pour être proches des maffias et des circuits de corruption. Il s’agirait d’adopter prochainement un texte faisant de la Crimée une « zone spéciale » dans laquelle chaque commune a le droit d’ouvrir un casino et chaque hôtel ou restaurant d’installer des machines à sous. Le président russe, dans son enthousiasme, a même expliqué que la Crimée pourrait dépasser la réputation et la force économique de Las Vegas ou de Monaco. D’après les promoteurs de cette idée, les amateurs se précipiteront du monde entier pour profiter de ce nouvel eldorado de l’argent et des plages ensoleillés. Reste un problème : comme en Abkhazie, comme en Transnistrie, comme en Ossétie du sud « annexés » par des administrations pro-russes, il est impossible –et pour longtemps- d’y venir autrement, en avion, qu’en passant par Moscou ; puisque les annexions ou indépendances ne sont pas reconnues internationalement, sauf par le Nicaragua, le Venezuela et Tuvalu.

Comme il est fort probable, la frontière étant fermée, que les cinq ou six millions d’estivants ukrainiens venant passer quelques semaines en Crimée au cours de l’été, devront se trouver d’autres destinations de vacances dés cet été, ce manque à gagner risque d’accentuer le chômage qui augmente rapidement. Loin des promesses faites avant un référendum dont le nombre de participants n’a jamais été donné par les autorités russes ni par les organisateurs. Ne reste donc, pour la Crimée, que la perspective de devenir un gigantesque casino que se disputeront quelques oligarques et quelques maffias, les armes à la main. Avec tout ce que cela implique comme mise en place des trafics de drogue et des réseaux de prostitution. L’exemple en est donné par le développement de la criminalité dans des villes comme Kaliningrad ou Vladivostok qui « bénéficient » déjà de ses autorisations : toute l’industrie du jeu, qui s’est organisé au cours des dernières années, contrôle étroitement la vie des habitants et la « désignation » des élus et des fonctionnaires.


Voir le reportage sur l'Est de l'Ukraine dans le numéro de Politis paru ce jeudi

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