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Publié le 28 mai 2014

Le Pen au pinacle (3) …

… tous responsables.

Tous responsables, oui. Y compris, même si bien moins que d’autres, ce Front de gauche, pour lequel j’ai renoncé à voter aux européennes, alors que j'avais mis dans l’urne présidentielle un bulletin Mélenchon.

Et il semble bien (j’en suis même sûr) que nous sommes nombreux à avoir fait ce choix — à regret, tant la belle campagne présidentielle et son résultat prometteur avaient levé d’espoirs.

Il reviendra peut-être, l'espoir. Mais, pour être franc, je n’y crois plus guère.

Les bonnes ménagères savent “remonter” une mayonnaise qui a tourné ; je ne suis pas sûr qu'il se trouve au FdG ces talents de marmiton …

C’était bien parti. Je m’étais réjoui du choix (du sacrifice !) du PCF renonçant au premier rôle pour laisser Mélenchon battre la campagne en vedette. Ce fut payant. Pourquoi faut-il que Pierre Laurent gâche tout pour quelques plats de lentilles municipales ? Comment veut-on que l’électeur lambda comprenne qu’on s’allie ici ou là (à Paris notamment !) avec un parti dont on n’a cessé de dénoncer, à juste titre, l’insupportable dérive libérale ? Pour quelques positions conservées, une ambiguïté désastreuse s’est installée, alimentée par des querelles publiques que les médias se sont régalé à faire mousser (et ce n’est pas, Jean-Luc, en passant ton temps à les engueuler que ça les fera y renoncer, bien au contraire).

A cet électoralisme sans principe de la direction communiste s’est ajouté un malaise grandissant interne au Parti de gauche, où les pratiques démocratiques ont, semble-t-il, du mal à prendre le pas sur la vieille culture léniniste des chefs historiques : sans tambour ni trompette (quelquefois avec !), de bons militants de base ont rendu leur carte, tourné les talons ou claqué la porte. Un malaise qui fut ignoré ou nié : il devient alors difficile de se plaindre de l’ignorance et du mépris dont on est soi-même l’objet de la part du parti matrice …

Et quand bien même tout baignerait dans l’huile et qu’on ne se bouffât point le nez, sachez le, mesdames et messieurs : il faut vraiment être un pro de la politique, se lever le matin et se coucher le soir en politique, s’en goinfrer à chaque repas, y baigner à longueur de temps pour s’y retrouver — sans blague !— dans votre nébuleuse à géométrie variable, avec ses planètes principales et ses petites étoiles qui veulent devenir grandes ; sans compter, aux périphéries, les habituelles et immarcescibles exoplanètes trotskistes (AOC) 1 !

Je sais, un Front n’est pas un parti. Êtes-vous sûrs que tout le monde le sait ? Je vous fiche mon billet qu’à force de multiplier les “forces” (?), de changer les périmètres et les appellations, de regrouper ici et de retrancher là, vous obscurcissez les perspectives et, pour tout dire, vous nous brouillez l’écoute 2 !

Et puis, pourquoi le cacher, il y a aussi un problème Mélenchon.

Jean-Luc reconnaît dans l’adresse digne et pleine d’émotion faite à ses partisans et à la presse, après la bataille, après l’échec 3 : « Nous-mêmes avons-nous dû commettre des erreurs, qui est parfait ? » , mais il ne dit pas lesquelles.

J’en pointe plusieurs, le concernant lui directement, et son entourage.

D’abord, après sa magnifique campagne de la présidentielle, une campagne où sa culture, sa pédagogie, son talent oratoire rendaient justice à ce peuple qu’il entend servir ; après cette grande et épuisante chevauchée militante, de n’avoir pas pris le temps de souffler. De souffler, de réfléchir, de prendre son temps. Les siens auraient dû le lui dire (peut-être certains l’ont-ils fait sans être entendus, je ne sais…). Au lieu de cela, il s’est aussitôt lancé dans un nouveau défi, contre Marine Le Pen, dans la campagne législative d’Hénin Beaumont : je l’avais écrit à l’époque dans ce blog, ce n’était pas une bonne idée. Loin de terrasser la présidente du FN, sa présence de candidat présidentiel a renforcé la stature nationale de son adversaire tandis que son échec à lui jetait une vilaine ombre sur ses récents lauriers.

Dommage.

Plus grave, car moins conjoncturel, Méluche ne voit pas toujours, ou ne veut pas voir ce qui lui déplait : par exemple, que le FN de la fille n’est plus tout à fait celui du père, ou encore — il l’a longtemps nié et il lui a fallu du temps pour s’en apercevoir —, que c’est dans l’électorat de gauche, l’électorat ouvrier laissé à l’abandon que la Walkyrie fait sa pelote.

Aujourd’hui, après ce coup de tonnerre d’un FN arrivé en tête de tous les partis, avec 25 % — non pas des Français, mais des suffrages exprimés dans une consultation donnée et bien particulière, ce qui relativise les choses et ne dit rien pour l’avenir —, chacun devrait comprendre que la diabolisation est une erreur, la stratégie d’affrontement 4 une impasse ; et que la reconquête de cet électorat populaire perdu, qui prendra du temps, ne se fera que dans une explication patiente, un démontage, une déconstruction du discours et du programme du FN et non en faisant honte à ses électeurs.

Ce sera d’autant plus long et difficile que (et sur ce point Jean-Luc a raison) : les médias aiment la Marine, pas à cause de Potemkine, mais parce qu’elle fait de l’audience et vendre du papier ; et que dans les « partis de gouvernement » 5, on rêve déjà, quel que soit le champion de chacun des camps ennemis et jumeaux, à un tête-à-tête de deuxième tour avec la dame, qui assurerait la victoire dans un remake de Chirac 2002.

Enfin, que le co-président du PG me pardonne, il lui faut redescendre sur terre et, sans pour autant renoncer à chaque occasion à exercer son talent d’orateur, prendre du recul et ne pas se complaire dans les vapeurs d’encens, les vivats de la foule, les flatteries des bigots. C’est sûrement difficile, tant sont réconfortantes, regonflantes les belles manif’s réussies et les grandes salles pleines et enthousiastes. C’est aussi trompeur : quelques milliers de personnes ne sont jamais qu’une infime fraction du peuple, qui est divers et multiple …

J’ai dit précédemment que j’appréciais le programme du Front de gauche.

Vous l’ais-je dit ? J’aime beaucoup Jean-Luc Mélenchon.


  1. Auxquelles Pierre Larrouturou, économiste original et brillant, a cru bon d’ajouter sa "Nouvelle Donne", dont le bide était prévisible ; Pierre aurait dû écouter son ami Rocard, lequel m’avait dit un jour : « Je suis bien placé pour le savoir, il faut 20 ans pour créer un parti » ; même si l’internet et ses réseaux sociaux accélèrent sensiblement les choses, se lancer dans l’arène aussi vite et sans infrastructure solide avait tout de la gageure et contribuait à diviser un peu plus les maigres forces du changement … 

  2. Et vous pouvez prendre cette vieille contrepèterie par ses deux bouts ! 

  3. Regardez et écoutez la sur son blog si vous ne l’avez déjà fait … 

  4. « Et F. comme fasciste, et N. comme nazi… »  

  5. Je suggère qu’on dise plutôt « partis de gouvernance », pour souligner leur soumission à la culture de l’entreprise et de la libre concurrence … 


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