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Publié le 25 septembre 2014

Attaque la dette !

Strike Debt, un collectif membre de Occupy Wall Street, rachète des dettes pour les effacer et empêcher les créditeurs indélicats de faire du profit sur les dos des plus faibles.

Il y a ceux qui spéculent sur la dette des États pour accumuler encore et toujours plus de profits, au détriment des petits à qui on demande ensuite de se serrer la ceinture. Et puis il y a ceux, plus rares, qui rachètent des dettes pour les effacer et empêcher les créditeurs indélicats de faire du profit sur les dos des plus faibles. C’est le cas de Strike Debt, un collectif membre de Occupy Wall Street. Il use du même mécanisme que les « pros » de la finance : acquérir ces dettes à vil prix : 50 cents les 10 dollars (40 cts pour 8 euros). Elle est pas chère ma dette, qui n’en veut ? Mais au lieu d’aller mettre le couteau sous la gorge des débiteurs désargentés pour s’enrichir à bon compte, le collectif efface purement et simplement leur ardoise. Cadeau ! Cette opération philanthropique est bien sûr éminemment politique et puissamment pédagogique puisqu’elle dévoile les mécanismes des petits arrangements entre amis de la grande finance mondiale.

Strike Debt s’est fait la main fin 2012, avec une première opération baptisée « Rolling Jubilee » Soit 14,7 millions de dollars (114 millions d’euros) de frais d’hôpitaux impayés, dus par des ménages américains, qui ne leur ont coûté finalement que 400 000 dollars (311 000 euros). Ainsi, grâce à cette opération, 2 600 personnes ont reçu un courrier explicitant la démarche et leur annonçant qu’ils ne devaient plus rien. Et le collectif vient de frapper à nouveau. Liquidant 4 millions de dollars d’emprunts (3,11 millions d’euros) contractés depuis des années par des Américain(e)s lorsqu’ils étaient étudiant(e)s à l’université Everest College, une institution qualifiée de « prédatrice à but lucratif au sein du réseau Corinthian Colleges » , un réseau d’universités privées. « Nous avons acheté de la dette à cette école , explique Strike Debt, dans un communiqué en ligne, afin d’attirer l’attention du public sur les conséquences néfastes lorsqu’on autorise l’enseignement supérieur à devenir un instrument pour générer du profit privé. » Il promet de continuer à aider les étudiants, mais son but est « dans le long terme de mettre fin à ce système de la dette étudiante et à d’autres prêts tout aussi nocifs. L’accès aux biens communs vitaux, tels que l’éducation et la santé, doit être gratuit, comme dans nombre de pays riches. » Une affirmation qui semble un peu optimiste, car en France, comme dans d’autres pays d’Europe, les prêts étudiants se multiplient et les hôpitaux commencent eux aussi à passer la main à des services de recouvrement qui rachètent les créances des malades. Une sous-traitance qui existe déjà depuis longtemps, pour les PV par exemple. Cela dit, l’ampleur du système est telle aux États-Unis que la dette étudiante est la deuxième source d’endettement du pays. D’après le Monde , « en juin 2014, quelque 39,9 millions d’Américains étaient détenteurs d’un prêt étudiant, selon le ministère de l’Éducation. » **

Pour cette seconde opération, les économistes militants de Strike Debt n’ont déboursé que 100 000 dollars (78 000 euros), récoltés par souscription, comme précédemment. Dans la foulée de cette action, le Bureau de protection des consommateurs (Consumer Financial Protection Bureau, CFPB) a fait savoir qu’il engageait des poursuites contre le réseau universitaire, pour tromperie sur la marchandise auprès de dizaines de milliers d’étudiants. Il dénonce un système de prêt vendu sur de fausses promesses de travail et d’opportunité de carrière, et une « stratégie illégale de collecte de dettes pour couvrir ces emprunts forcés avant la fin du cursus scolaire ». Outre le site Rolling Jubilee, qui permet aux internautes d’abonder la souscription, Strike Debt a également publié un opuscule, Debt Resistor Operations Manuel , et lancé Debt Collective, une plateforme offerte aux débiteurs de tous les États pour qu’ils puissent se retrouver et se défendre ensemble. Avec pour slogan « You are not a loan » (jeu de mot entre loan « emprunt » et alone « seul »). L’idée de ce « Jubilee » viral, qui coupe l’herbe sous le pied des spéculateurs en les prenant à leur propre jeu est… comment dire… jubilatoire.


{{Sur le Web}}

Deux articles du {Monde} sur Strike Debt[http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/09/18/un-collectif-rachete-pres-de-4-millions-de-dollars-de-dette-etudiante_4489341_3222.html->http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/09/18/un-collectif-rachete-pres-de-4-millions-de-dollars-de-dette-etudiante_4489341_3222.html]

[http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/11/13/des-militants-d-occupy-wall-street-rachetent-les-dettes-de-sante-des-americains_3512712_3222.html->http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/11/13/des-militants-d-occupy-wall-street-rachetent-les-dettes-de-sante-des-americains_3512712_3222.html]

Le site de Strike Debt[http://strikedebt.org/->http://strikedebt.org/]

Le site du Rolling Jubilee[http://rollingjubilee.org->http://rollingjubilee.org/]

Le site du CFPBhttp://www.consumerfinance.gov/blog/special-notice-for-corinthian-students/

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