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Publié le 12 janvier 2015
Après la tragédie : les armes contre notre ennemi

Après la tragédie : les armes contre notre ennemi

Après l'émotion et l'indignation compréhensibles, soulevées par l'attentat contre Charlie-Hebdo et ses tragiques prolongations, il est plus que temps de tenter de restaurer une paix civile ébranlée. Terrasser notre ennemi, d'accord, mais lequel et comment ?

Illustration - Après la tragédie : les armes contre notre ennemi

La tentation du repli protecteur sur soi ne sert à rien. Le déploiement de nouvelles mesures "antiterroristes", comme le préconise d'ores et déjà Manuel Valls, ne sert pas plus que tous les plans Vigipirate déployés depuis janvier 1991. La fermeture policière de nos frontières et de nos aéroports ne sert à rien.

"L'ennemi" entre nos murs

Car "l'ennemi" ne vient pas de "l'étranger". Il est entre nos murs, dans ces quartiers que nous appelons "sensibles", comme ces trois individus qui viennent durant trois jours de semer la panique et la consternation dans tout le pays. Si nous devons fermer nos aéroports, ce n'est plus pour empêcher notre "ennemi" d'entrer sur notre territoire, mais d'en sortir, en partance vers quelque ténébreux jihad.

Notre "ennemi" n'est même plus seulement d'"origine méditerranéenne", mais également et de plus en plus souvent normand, charentais, bien blanc et même parfois blondinet... Voyez l'origine de ces jihadistes français sur les photos d'exécutions produites par l'État islamique. Consultez le patronyme, souvent bien de chez nous lui aussi, de toutes celles qui se cachent sous la burka.

Notre ennemi n'est même pas musulman, il est "islamique". Tous ces jeunes partis au jihad ou dissimulées sous la burka ne connaissent à peu près rien au Coran. Pour eux, comme pour bien de leurs compagnons plus colorés, l'islamisme tient plus du signe de ralliement que de la religion, un peu comme la casquette, le capuchon ou le maillot d'une équipe de foot.

Et s'ils vont chercher leur signe de ralliement dans une culture "étrangère", c'est parce que la nôtre, de culture, celle que nous leur offrons en modèle, est en miettes et qu'ils en sont venus à la haïr. Nos "ennemis' sont nos enfants désemparés et perdus .

Deux armes de dissuasion massive

Devant la détérioration de la situation, les solutions ne ne bousculent pas au portillon. Les vertus pédagogiques ne valent pas un clou sans une base socio-économique suffisamment consolidée. Et un "Patriot Act" répressif à la française 1), que certains ont appelés de leurs vœux dans la fièvre de la démonstration d'"Union sacrée" de dimanche, ne fera qu'exacerber les haines et les rancœurs dans ces cités où policiers et gendarmes n'osent même plus se rendre, sauf à l'occasion de quelques coups d'éclats médiatiquement ciblés.

Si nous ne voulons pas que nos banlieues se transforment en enclaves-poudrières de ce califat offert sur un plateau par les inconséquences arrogantes des dirigeants occidentaux aux fous furieux de l'État islamique, alors il nous faut explorer des pistes plus concrètes, originales, apaisantes . Je n'en vois aujourd'hui que deux, possibles immédiatement et susceptibles, non de résoudre miraculeusement l'étendue si complexe du problème, mais au moins d'enrayer la spirale suicidaire en amorçant une inversion salutaire dans les mentalités et les comportements.

1. Un revenu de base garanti à tous les citoyens résidant dans notre pays , avec ou sans emploi. Rappelons que ce "minimum vital" permet à chacun de satisfaire ses besoins les plus élémentaires en matière d'alimentation, d’habillement, de logement, d'éducation et et santé. Il répond à l'application de l'article 25 des Droits de l'Homme et du Citoyen ratifiés par la France.

Dans les quartiers sensibles, l'instauration d'un revenu de base est l'unique arme de dissuasion massive contre la délinquance, grande pourvoyeuse de ces centres de recrutement jihadiste que sont devenues nos propres prisons. Seul à même également de couper court à ces "trafics" qui ont pris racine sur les ruines que nous avons laissées dans nos no-man's-land d'outre-périphériques.

Évitons d'évoquer le manque d'argent. Ce n'est pas avec des billets de banques que l'on nourrit, que l'on habille, que l'on loge, que l'on éduque, que l'on soigne les gens, mais avec des aliments, des vêtements, des logements, des écoles et des centres de soins. Si tous ces biens et services sont en quantité suffisante sur notre territoire (et ils le sont aujourd'hui), alors il est tout bonnement criminel d'en frustrer toute une partie précaire de la population en évoquant le prétexte fallacieux du manque d'argent.

2. Le droit de vote étendu à tous les étrangers résidant sur le territoire .

On déplore la disparition de tout civisme et l'absence de tout rempart moral à la transgression des règles de vie élémentaires dans les cités ? Donnons à tous les résidents étrangers ce droit de vote -- local, régional et national -- depuis si longtemps promis. Puisque le cas de leurs quartiers est, paraît-il, si particulier, si névralgique, permettons-leur de créer des conseils de quartier , relais indispensables avec les institutions de la République.

Et évitons d'avancer les risques de communautarisation. Le communautarisme sectaire naît sur le vide. Dans des quartiers où le vide démocratique aura été comblé, ce sont les lois, athées, de la République qui s'imposeront. Dans une république athée, toute personne ou groupe de personnes a certes « le droit de pensée, de conscience et de religion », et même celui de l'exprimer publiquement, mais pas le droit d'y soumettre la collectivité toute entière (article 18 des Droits de l'Homme et du Citoyen).

Il est sans doute trop tard désormais pour ramener dans le giron de la raison les éléments les plus contaminés de notre corps social en charpie. Mais au moins pouvons-nous essayer, par quelques mesures concrètes immédiates et suffisamment fortes, de couper le flux morbide qui en alimente le nombre. Faute de quoi, il ne nous restera qu'à attendre les prochaines tragédies contre lesquelles aucun slogan, ni aucune manifestation de masse ne peuvent strictement rien.


  1. Le "USA Patriot Act" est un ensemble de mesures liberticides votées dès octobre 2001 par le Congrès des États-Unis après les attentats du 11 septembre. Ses principales manifestations furent l'ouverture de Guantanamo, la réduction des droits de la défense des combattants "illégaux" soupçonnés de projet terroriste, et l'autorisation de fait de la torture. 


Photo : AFP/Fabrice Coffrini

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