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Publié le 25 septembre 2015

François Pérol relaxé : les questions demeurent

Le Tribunal correctionnel de Paris a relaxé François Pérol des faits de prise illégal d'intérêt dans son accession à la présidence de BPCE.
Ce n'est pas la décision de justice que nous commentons ici mais ce que cette affaire Pérol dit des évolutions du droit et de notre démocratie.
Et bien des questions demeurent quant à plusieurs banques "formellement" coopératives.

François Pérol, président de BPCE a été relaxé. Dont acte.

Cette décision s’inscrit dans un contexte qui traduit des tensions au sein de la justice et du droit.
Ces derniers mois, dans une période qui est faite de lourdes incertitudes politiques, les non-lieu succèdent au relaxes ou à l’organisation de prescriptions (affaires Sarkozy, Tapie, Lagarde …).
Il y a davantage encore un climat de plus en plus marqué de changement des paradigmes juridiques au profit du droit des affaires et du poids des grandes sociétés financières sur les institutions, et ce au-delà des qualités des femmes et des hommes qui les composent.
_ Les propositions de Sarkozy, les approches de Macron tendant à dépénaliser le droit des affaires, la crainte de désordre au sein de grandes entreprises, influencent à coup sûr les tribunaux.

François Pérol; est selon les juges, non coupable.
Mais demeurent les effarantes paroles qu’il a pu prononcer lors des audiences, les témoignages édifiants sur les relations de plus en plus marquées entre le pouvoir politique et les puissances d’argent.
Nous rappelions ici les propos de Gus Massiah au Forum Européen des Alternatives, organisées par le Parti de la Gauche Européenne :
" Dans tous les mouvements, une revendication s’affirme : le rejet de la corruption. Le pouvoir économique et le pouvoir politique, à travers leur complicité, ont été désignés comme les responsables de la crise. Ce qui a été démasqué c’est la dictature du pouvoir financier et la « démocratie de basse intensité » qui en résulte. La défiance par rapport aux partis et aux formes traditionnelles du politique avait été déjà marquée avec les indignés espagnols (« vous ne nous représentez pas »), les occupy (« vous êtes 1%, nous sommes 99% »). Cette défiance s’exprime par la condamnation systématique de la corruption systémique. La fusion entre le politique et le financier corrompt structurellement la classe politique dans son ensemble. Le rejet de la corruption va au-delà de la corruption financière ; il s’agit de la corruption politique. Elle est visible dans les politiques imposées et dans le mélange des intérêts. Comment faire confiance quand ce sont les mêmes, avec parfois un autre visage, qui appliquent les mêmes politiques, celles du capitalisme financier. La subordination du politique au financier annule le politique. Elle remet en cause l’autonomie de la classe politique et la confiance qui peut lui être accordée ."

François Pérol a pleuré en entendant le prononcé du verdict.
On peut considérer les blessures de l'homme.
Mais il faut continuer à réagir vis-à-vis de ce que cette affaire, parmi d’autres, révèle des dérives de banques coopératives ou supposées telles.

Le récent cas de censure à Canal+ d’un reportage sur une banque qui se réclame de la coopération, au motif de ce qui la lie, elle et son président, au nouvel oligarque qui a racheté la chaîne, ne peut que nous renforcer dans l’idée que tant que ces pratiques, des dérives existeront c’est l’Economie sociale entière qui se trouvera disqualifiée.

Et dans le même temps, on passe sous silence les débats critiques qui s’ouvrent, les initiatives multiples qui fleurissent, les engagements même modestes, même inconscients, qui s’inscrivent dans la recherche d’une alternative à un capitalisme financier qui fait chaque jour davantage la preuve de son « insoutenabilité » économique, sociale, environnementale et démocratique (son intervention sur la justice relevant de cette "insoutenabilité" démocratique).

Qu’on pense, dans le champ environnemental, à cette fraude massive à la pollution automobile révélée à la veille d’une COP 21.
_ Malgré les incantations du Président de la République, qui voit déjà dans le rassemblement du Bourget un tournant « historique », cette COP, de plus en plus, sent l’échec annoncé et le lobbying des grandes sociétés multinationales n’y sera pas pour rien. mais le droit des affaires sera sauf !


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