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Publié le 19 novembre 2015

Et bien, le voilà le Patriot Act à la française, les assassins ont gagné !

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Au mois de janvier 2015, après les assassinats à Charlie-Hebdo et dans l’Hyper Casher, j’avais exprimé mes craintes d’une restriction opportuniste des libertés par la loi, par les lois. Les massacres qui ont endeuillé mon quartier parisien vont hélas servir de prétexte à en remettre une louche et à installer un état de non droit, d’arbitraire et de surveillance. Voici, avec simplement quelques lignes ajoutées, ce que j’écrivais le 10 janvier sur ce site…

On sait, ou l’on croit savoir, comment les Etats Unis et son président Bush ont irrémédiablement blessé les libertés de leur pays. Non pas en rédigeant à la hâte un « Patriot Act » de plusieurs centaines de pages restreignant les libertés. Mais en profitant de l’émotion d’un peuple qui ne comprenait (hélas) pas pourquoi il avait été frappé, pour faire adopter une impressionnante série de textes liberticides baptisée « Patriot Act » dont le pouvoir rêvait depuis des années. Les dirigeants conservateurs américains ont répondu à l’émotion légitime d’une population pour les enfermer dans un carcan. Ils pouvaient le faire car il y avait brusquement une « demande »…

Arrivé en reportage à New York le lendemain de l’attentat du 11 septembre, j’ai été sidéré, abasourdi, atterré par les commentaires des journalistes américains dans leurs médias écrits ou télévisés. Non seulement ils ne comprenaient pas pourquoi leur pays avait été attaqué, non seulement ils en appelaient –eux aussi !- à leur dieu pour condamner ce qui venait de se passer mais en plus ils réclamaient à cors et à cris, un contrôle du pays, des lois répressives, une surveillance de l’Internet, une répression des idées et l’instauration d’une dénonciation organisée des « mauvais américains ».
Cette presse américaine pour laquelle j’avais encore une certaine estime entrainait le pays dans un mauvais « trip » qui le mena directement au sinistre et illégal pénitencier de Guantanamo et à des interdictions professionnelles, en passant par des milliers d’abus de droit et de torture à travers le monde et par la surveillance informatique étroite des abonnements à des mauvais journaux ou à la lecture des mauvais livres dans les bibliothèques. Ainsi commença le fichage politique de millions d’individus aux Etats-Unis et à travers le monde. Le pays lançait ainsi une grande surveillance qui perdure au point que des entreprises américaines qui ont aujourd’hui pignon sur rue peuvent vendre des profils politiques et personnels d’américains ou d’étranger à leurs clients : de leur adresses à leurs habitudes en passant par leurs lectures, leurs divorces et leurs préférences sexuelles. Cela coûte cher mais c’est aussi complet que le souhaite le client puisque les sources de la grande surveillance leur sont ouvertes.
Le gouvernement français, surfant sur la même angoisse que les Américains en 2001, sort avec la même célérité, les mesures et restrictions des libertés qu’il mitonnait depuis des mois dans ses dossiers en y ajoutant celles qu’il a ramassé sans vergogne dans les programmes et les rêves les plus fous de la droite sarkozienne et de l’extrême droite (si tant est que ce n’est pas la même chose). Sous les applaudissements presque unanimes de la presse et des partis politiques. Pas étonnant que s’y ajoute une « réconciliation » avec Vladimir Poutine qui traite sa population et la culture avec le même régime de force et de contrôle.

Je ne voudrais pas, mais j’ai peur, que la tragédie que nous venons de traverser puisse permettre au pouvoir français de faire adopter à la représentation nationale bien plus qu’un « Patriot Act » à la française. Je ne voudrais pas que l’exploitation de la peur serve à légitimer la mise en cage de nos idées et de nos comportements. Ou tout au moins que l’exploitation de nos angoisses autorise un gouvernement à aggraver encore le filet de contrôle qui se resserre déjà chaque jour sur nos libertés privées et publiques.

La vigilance (laquelle d’ailleurs ?) doit certes s’exercer à l’encontre des fous de dieu, mais il est également indispensable de l’exercer à l’encontre de ceux qui nous gouvernent et veulent profiter de crimes odieux pour nous surveiller et restreindre (pour notre bien évidemment) nos libertés. Ce qui, à terme, rendrait impossible la publication d’un journal libre et iconoclaste comme Charlie-Hebdo, et consacrerait la première grande victoire des assassins de Daech en vidant progressivement l’essentiel de la vie culturelle et de la volonté de résistance de la société civile à laquelle, par exemple, on supprime le droit à manifester. Pour sa sécurité, bien sur, le refrain que l’on sert à tous les individus que le privé et l’Etat fichent de plus en plus ouvertement.


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