Démarche essentielle

Bio’Mada, qui produit et vend des huiles de plantes malgaches, peine à faire reconnaître sa vision globale – bio et équitable – de la filière.

Léonore Mahieux  • 7 juin 2007 abonné·es

«J’ai eu un coup de coeur pour les plantes médicinales et pour Madagascar ! » En 2001, Simon Lemesle, créateur de Bio’Mada, petite société qui produit des huiles essentielles, termine ses études d’agronomie et part en stage à Madagascar. Objectif : « La mise en place de démarche qualité chez un exportateur, dans un cadre équitable de production durable. » Bio et équitable : les deux aspects sont indissociables pour Simon Lemesle.

Mais, sur place, il prend conscience du nombre trop élevé d’intermédiaires : « À Madagascar, il existe beaucoup de petites structures de production dans différentes régions. Mais aussi beaucoup d’intermédiaires et d’exportateurs. La majorité fait un travail de négoce. » Difficile d’assurer une démarche qualité dans ces conditions. Le créateur de Bio’Mada prend l’exemple de l’huile de gingembre : « Sur le marché, celle qu’on trouve vient principalement de Chine. La qualité est bien inférieure à celle qu’on produit à Madagascar. Mais les prix vont du simple au quadruple ! Un grossiste va avoir tendance à regarder d’abord les prix sans se préoccuper de l’intérêt du consommateur. » Il entreprend donc d’abord de supprimer les intermédiaires pour faire baisser les prix, et, en parallèle, de sensibiliser le public *. « L’idée, c’était de faire connaître les huiles malgaches aux consommateurs. »*

Avec sa femme, Kelly, il commence par mettre en place un système de vente directe à travers des salons, sur Internet… « Au départ, on achetait, comme tout le monde, à des exportateurs, parce qu’on n’avait pas la capacité de gérer nous-mêmes la production. » Mais, peu à peu, ils remontent la filière et se mettent à travailler en partenariat avec de petits producteurs.

Au bout de quelques années, le besoin de garanties s’impose. Commence alors un deuxième parcours du combattant : la certification. Du côté bio comme équitable, Simon Lemesle se heurte à de grosses structures. Ecocert est en situation de monopole à Madagascar. Or, cet organisme agréé par différents ministères s’adresse avant tout aux exportateurs.Ses prix sont prohibitifs pour une petite société comme Bio’Mada. Le couple Lemesle s’adresse donc à Nature et progrès. Avec cette fédération de producteurs et consommateurs bios, non seulement le coût est moindre mais la démarche diffère : « Un technicien est venu sur les sites de production. En plus du contrôle, il a conseillé les producteurs sur les traitements, les méthodes de culture, les distillations. Là, on a vraiment apporté quelque chose au producteur. Un échange s’est créé. » Seul bémol : Bio’Mada ne peut toujours pas marquer « produit biologique » sur ses huiles. Nature et progrès n’est pas un organisme certificateur.

Même combat pour la labellisation « commerce équitable ». Déçu par son contact avec la Plate-forme pour le commerce équitable, Simon Lemesle lâche : « Le système est décalé par rapport à nos problématiques. » Mais sa rencontre avec Michel Besson, directeur de Minga, est détermintante. Cette association qui aide au développement économique du commerce équitable « correspond beaucoup plus à la démarche que nous défendons, qui va de la production au consommateur en passant par l’environnement. » Une vision globale pas toujours facile à imposer.

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