Les Têtes raides : « Écrire une chanson est déjà un acte politique »
D’une présidentielle à l’autre, Christian Olivier, chanteur, auteur-compositeur et accordéoniste, et Grégoire Simon, saxophoniste, s’alarment de la lepénisation des esprits. Et appellent à débattre de la place de la musique dans notre société.
dans l’hebdo N° 957 Acheter ce numéro
(Extraits sonores de l'entretien sur le blog des rédacteurs)
Comment vous informez-vous ? Lisez-vous la presse écrite, les gratuits ou allez-vous plutôt sur Internet ?
Grégoire Simon : Je lis en général Libération et l'Humanité . Je trouve que c'est important de continuer à acheter son journal. J'ai commencé quand j'avais 18 ans, en 1981, en achetant Libé et le Matin en alternance parce que je n'avais pas les tunes pour les deux.
Christian Olivier : Moi aussi, je m'informe en achetant la presse quotidienne. Mais je ne la lis que par intermittence, parce que je finis toujours par saturer. J'ai souvent le sentiment que tout est joué d'avance.
Avez-vous grandi dans un contexte politisé ?
G. S. : J'ai fait mon parcours tout seul. Il n'y a pas eu de transmission familiale.
C. O. : Pour moi, c'est la même chose.
Marc Melki
Avez-vous suivi la campagne présidentielle de près ?
G. S. : Non, de loin. J'étais sur la tournée du groupe Lombric [^2], à devoir régler des problèmes bien concrets de ferrage et de fourrage. Ce quotidien m'a permis de me tenir à la bonne distance et de ne pas être sous l'emprise des médias. Les sondages niquent la liberté de pensée. Je les trouve asservissants et dangereux. J'en n'ai personnellement rien à foutre de savoir ce que pensent la majorité des Français.
C. O. : La campagne était écrite depuis un certain temps. On a acté par les urnes ce qui s'est passé au premier tour de l'élection présidentielle de 2002. Ce qui nous avait semblé scandaleux il y a cinq ans s'est progressivement banalisé. Et ça n'a pu se faire qu'avec la complicité des médias, qui jouent un rôle de plus en plus dramatique au sein de la société.
Considérez-vous que ce qui était prévisible l'a emporté ?
G. S. : Je dirais que c'est surtout ce qu'on nous a vendu comme étant déjà prévu qui l'a emporté, avec l'aide des sondages. La façon dont ils sont utilisés est proprement scandaleuse.
Cette présidentielle vous a-t-elle semblé pire que la précédente ?
G. S. : Dans le sens où 85 % des Français y ont participé, il y a une légitimité démocratique incontestable, et c'est là que ça craint, car c'est de cette légitimité que vient le danger. Les idées qui avaient triomphé au premier tour en 2002, et qui avaient choqué les Français, sont aujourd'hui largement majoritaires dans l'opinion. Alors que, pendant ces cinq ans, il aurait pu se passer tout autre chose. L'abstention des électeurs de gauche, en 2002, a été scandaleuse. Ils n'ont pas fait valoir dans les urnes leur envie de changement. Même si on peut comprendre une certaine démobilisation due à l'absence de réponses de la part de la gauche sur les dossiers économiques et sociaux ou l'immigration. Mais le vote reste la partie commune de la démocratie. Trop de gens ont cru, à tort, qu'ils pouvaient s'abstraire de cette participation au collectif. Le résultat est dramatique. La peur et la suspicion qu'on nous a vendues sont prégnantes aujourd'hui. Une certaine catégorie de jeunes, les chômeurs, les étrangers sont de plus en plus considérés comme des suspects. On stigmatise des personnes par le biais de l'image, au
Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :
Pour aller plus loin…
« Un été à la ferme », l’enfance est dans le pré
« Justa », la vie brûlée
« Œdipe roi », enquête sur l’inceste